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Europas Wiedergeburt | Histoire des juifs, de l'Antiquité à l'époque contemporaine




Sommaire :

1. L’Antiquité

1.1. Les Patriarches. La sortie du pays de  Canaan (XXe-XVIIIe sc. Av. J.-C.)

1.2. La légende de l’esclavage des juifs. Les révélations du Mont Sinaï (XVIIe-XVe sc. av. J.-C.)

1.3. La première conquête de la Palestine (XIVe-Xe sc. av. J.-C.)

1.4. Les premières inscriptions hébraïques et la rédaction des textes bibliques (XIIe-IIIe sc. av. J.-C.)

1.5. Les deux royaumes (Xe-VIe sc. av. J.-C.)

1.6. La restauration du royaume de Juda (Ve sc. av. J.-C.)

1.7. Les premières diasporas (IVe sc. av. J.-C.-XXe sc.) 

1.7.1. L’Égypte

1.7.2. Babylone. La Perse

1.7.3. Le royaume de Juda

1.7.4. L’Arabie

1.8. L’époque hellénistique (IVe-IIIe sc. av. J.-C.)

1.9. Le tournant du IIe siècle et la révolte asmonéenne (IIe-Ier sc. av. J.-C.)

1.10. Pharisiens et Sadducéens (Ier sc. av. J.-C.)

1.11. La fin de l’indépendance (Ier sc. av. J.-C.)

1.12. La Palestine sous la domination romaine (Ier sc. av. J.-C.-IIe sc. après J.-C.)

2. La légendaire dispersion des juifs

2.1. Les diasporas de l’époque médiévale

2.1.1. L’Espagne

2.1.2. La France et l’Allemagne

2.1.3. L’Europe orientale

2.2. La vie des juifs en Palestine (Ier sc.-XVIe sc.)

2.3. Les grandes vagues de messianisme. La renaissance du Hassidisme (VIIe sc.-XXe sc.)

2.4. L’émancipation des juifs (XVIIIe-XIXe sc.)

2.5. Les pogromes (XIXe-XXe sc.)

2.6. Les débuts du sionisme politique (XIXe-XXe sc.)

3. L’époque contemporaine 

3.1. La réaction allemande contre les juifs. L’avènement du national-socialisme

3.2. Le génocide allégué des juifs

3.3. La fondation de l’État d’Israël

3.4. La guerre d’indépendance (1948-1949)

3.5. La guerre des Six Jours (5 juin 1967-10 juin 1967)

3.6. Les débuts de la « seule démocratie » du Proche-Orient

3.7. L’histoire récente de l’État d’Israël (1969-2009)

3.8. L’avenir de l’État des juifs

 

1. L’Antiquité

1.1. Les Patriarches. La sortie du pays de  Canaan (XXe-XVIIIe sc. Av. J.-C.).

Faute de témoignages archéologiques suffisamment fiables, et qui n’auraient fait l’objet d’aucune révision ultérieure par les juifs, l’histoire originelle d’Israël peut être difficilement reconstituée. D’après les légendes bibliques, le premier Patriarche, Avram (Abraham), originaire d’Ur, en Chaldée, l’ancienne Mésopotamie, correspondant aujourd’hui à l’Irak, prit la décision d’émigrer avec les siens vers le pays de Canaan, aux frontières Sud-Ouest de la Mésopotamie. On ignore la durée d’une telle migration, laquelle, compte-tenu de l’itinéraire allégué, d’Ur à Babylone, puis Mari, Haran, Alep, Hamat, Damas, Sichem, dut vraisemblablement s’être étalée sur des décennies, sinon un ou deux siècles au minimum. La Bible évoque ici une prétendue promesse divine, celle de la possession de tout le pays et d’une descendance particulièrement féconde. Il est beaucoup plus vraisemblable que ces tribus sémites avaient alors suivi l’itinéraire des principaux centres de commerce, avant d’être arrêtées aux frontières de l’Égypte. Le pays de Canaan, l’actuelle Palestine, se trouvait sur la route des caravanes, et les errances supposées d’Avram au travers du désert du Neguev, avec son camp principal situé à Beersheba, correspondent bien à la recherche d’un nouvel établissement commercial par ces nomades initialement originaires des cités les plus opulentes et anciennes de Mésopotamie, et qui s’étaient sans doute encore enrichis par de fructueux contacts avec les populations voisines. Leur exclusivisme, leur croyance commune en une divinité unique, jalouse et protectrice de son peuple "élu", les déterminant à l’intolérance, et probablement déjà à un intenable complexe de supériorité sur toutes les autres nations, les isolaient tout naturellement des populations locales. La légende de Sarah, la première épouse d’Avram, demeurée très longtemps stérile, fait écho au refus durable des ancêtres des juifs de se mêler avec les autres peuples. Avram engendra, dit la Bible, deux fils, Ismaël et Isaac, le premier de sa servante Agar. Le second engendra à son tour deux jumeaux, Esaü et Jacob, ce dernier ayant acquis par la suite le droit d’aînesse de la bénédiction paternelle, pour prendre le nom d’Israël, ses douze fils, qu’il eut avec ses quatre femmes, étant les pères des douze tribus traditionnelles d’Israël. Isaac, le père de Jacob-Israël, était ainsi logiquement de sang mêlé, et frère d’Ismaël, que les arabes regardent comme leur ancêtre légendaire. Les longues années que Jacob aurait passées de retour en Mésopotamie, ainsi que l’épisode de la réconciliation avec son frère Esaü accréditeraient l’idée de nombreux contacts commerciaux avec les riches cités d’origine, ainsi que de rivalités intestines, dues à une concurrence particulièrement exacerbée telle qu’elle s’établit entre des marchands.

Les sémites mésopotamiens étaient réputés pour leurs cultes orgiaques, leur pratique des mystères sacrés, autour du thème de la fertilité, incluant toutes sortes de sacrifices humains, le plus souvent d’enfants, particulièrement sanglants, la prostitution sacrée, leurs croyances superstitieuses. La magie et la sorcellerie étaient alors des plus répandues, ainsi que les excès sexuels, avec leur cortège de perversions : sodomie, zoophilie, relations homosexuelles. Les ancêtres des juifs n’en étaient certainement pas exempts, du moins dans les premiers temps, comme en témoignent les imprécations constantes de la Bible à cet égard. L’épisode du sacrifice voulu par Abraham de son propre fils Isaac sur l’autel dont l’emplacement a été ultérieurement marqué par l’Even Shetiyyah, la pierre angulaire sur laquelle fut bâtie la mosquée d’Omar à Jérusalem, et centre traditionnel du monde, confirmerait encore, s’il en était besoin, l’importance tout à fait centrale dans leurs croyances des sacrifices de jeunes enfants. Une rupture s’accomplit toutefois au cours de la génération de Jacob et de ses fils. Ces derniers, soucieux de se sédentariser – Abraham achetant à prix d’or la grotte de Macpela (qui deviendra la mosquée des Patriarches, à Hébron), Jacob faisant de même avec de riches terres à pâturages, à Sichem –, eurent probablement à cœur alors d’éviter de scandaliser leurs voisins par ces rites particulièrement barbares importés des régions d’origine, qui ne furent plus dès lors pratiqués que clandestinement, pour être publiquement désavoués au contraire. C’est ainsi dans le plus grand secret que toutes les générations suivantes continuèrent, durant de longs siècles, à pratiquer le sacrifice sanglant de l’agneau nouveau-né, c’est-à-dire de l’enfant innocent.

La morale des tribus juives, les légendaires fils de Jacob, était alors particulièrement intransigeante et sévère. C’était, affirment les légendes bibliques, uniquement pour venger l’honneur de leur sœur Dinah que deux des fils de Jacob, Siméon et Lévi, massacrèrent un jour toute la population mâle de la ville de Sichem. Si le fait était avéré, cela laisserait supposer des moyens militaires qui auraient donné aux juifs une supériorité incontestable sur les populations voisines, trop peu vraisemblable au regard des données de l’archéologie. Le fait que Jacob les en aurait sévèrement blâmés témoignerait au contraire du souci premier des juifs, malgré leurs luttes intestines, de vivre dans une relative bonne entente avec leurs voisins.

Rien ne permet non plus de corroborer la légende d’une première vague d’immigration des juifs en Égypte au XIXe ou au XVIIIe siècle, dont l’histoire biblique de Joseph, le fils préféré de Jacob et de Rachel, est tout le symbole. Bien au contraire, les frontières de l’Égypte étaient alors hermétiquement fermées aux juifs, qui étaient depuis toujours desservis par leur réputation de commerçants particulièrement fourbes et malhonnêtes. À plus forte raison si la famine, qui sévissait en Canaan, menaçait alors l’Égypte. Quel Pharaon, quel haut fonctionnaire égyptien, aurait-il pris le risque d’admettre la présence dans le pays des tribus de sémites qui habituellement menaçaient constamment ses frontières, et tout particulièrement celles dont la morgue et l’intolérance combinées à la recherche constante du profit matériel les signalaient comme de prévisibles facteurs d’aggravation de la crise de subsistance ? C’est pourtant de la légende de l’établissement des juifs en Égypte que date le mythe juif de la "terre promise", avec la promesse de Jacob renouvelée par Joseph de ramener ultérieurement tous ses enfants en Palestine.

1.2. La légende de l’esclavage des juifs. Les révélations du Mont Sinaï (XVIIe-XVe sc. av. J.-C.).

Les juifs se considèrent comme un peuple ayant été jadis esclave en Égypte. Non seulement la date d’un tel épisode est tout à fait incertaine, mais aucun témoignage archéologique, ni aucune source historique, ne permet de le confirmer. Bien davantage, le cumul extraordinaire des fonctions les plus diverses sur le personnage de Moïse atteste de l’invraisemblance du récit biblique : Moïse aurait été tout à la fois noble de naissance, puisque prétendument éduqué à la cour, révolutionnaire libérateur de son peuple, mage, prophète, tribun politique, chef militaire, législateur, administrateur, pasteur, et même dans l’imaginaire collectif... diable cornu, comme en témoignerait rétrospectivement et pour les siècles le Moïse de Michel-Ange. Quant à la position géographique du Mont Sinaï, dans le désert du même nom, on ne peut la situer, neuf lieux différents étant allégués.

Il est bien plus intéressant de tirer les indications que révèle le récit biblique de l’esclavage et de la sortie d’Égypte quant à la psychologie traditionnelle des juifs[1]. C’était par crainte de la puissance des tribus qui occupaient alors le pays de Canaan – malgré la famine qui sévissait – que les juifs se seraient d’abord refusés à en franchir les frontières, ce qui les aurait condamnés à l’errance – durant quarante ans – et à une mort quasi certaine dans le désert. Ne pouvaient, dit-on, conquérir la Palestine, et non pas pacifiquement, loin de là, que ceux des enfants d’Israël qui n’avaient jamais connu l’esclavage. Les générations marquées depuis toujours par la soumission – l’"esclavage" parmi les nations – ne pouvaient que se découvrir juifs honteux et lâches. Tout au contraire, les juifs nés libres ne pouvaient que se révéler puants d’orgueil. C’est là l’éternel balancier de toute l’histoire juive. Le mythe perdure aujourd’hui encore, avec la glorification de Tsahal, l’instrument offensif d’Israël, certainement la seule armée du monde regardant la torture et les exactions les plus violentes comme tout à fait licites, au nom de la prétendue et sacro sainte sécurité d’Israël, opposée à la bassesse et à la lâcheté des générations précédentes. La fête de Pessah, la Pâque juive, célèbre le lien insécable entre les uns et les autres : ceux qui ont vécu jadis ou vivent encore partout en étrangers sans racines et honnis de tous, et ceux des juifs qui ont pu ou su, au prix du déchaînement de violences le plus grand, accomplir leur prétendue mission spirituelle, soit la domination des autres peuples. Les dix commandements, la Torah, les multiples interdits alimentaires et prescriptions particulièrement contraignantes propres au judaïsme, le rite annuel de l’ingestion de pain sans levain et d’herbes amères évoquant les années, devenues des siècles, d’errance des juifs, non plus seulement dans le désert du Sinaï, mais dans le monde, tout renvoie ici, par delà l’alibi religieux, à l’unité profonde et prétendument retrouvée de la communauté juive.

1.3. La première conquête de la Palestine (XIVe-Xe sc. av. J.-C.).

C’est sous la conduite du chef de guerre Josué (vers 1500 av. J.-C.) que les tribus juives auraient entrepris la conquête progressive et particulièrement sanglante de la "terre promise" – l’appellation en question n’étant légitimée que par les rêves des légendaires Jacob et Joseph. Elles étaient alors commandées par des administrateurs civils – peut-être les équivalents de nos modernes syndics, et curiosité historique – que la Bible appelle Juges, et ennemies des Philistins, puissante nation phénicienne dont les juifs n’acceptaient pas la tutelle. Les divisions étaient alors constantes et particulièrement vives entre les tribus juives, et réglées par les armes : par exemple, la tribu de Benjamin, au témoignage de la Bible, fut totalement décimée simplement pour avoir refusé de participer à l’attaque de la ville de Gibeah... Avec une discipline de fer progressivement imposée aux tribus, leurs résistances internes, l’opposition des Philistins, celle des tribus cananéennes, furent progressivement brisées. Tous ceux qui faillirent furent soumis, ou impitoyablement éliminés.

Preuve que le monothéisme n’était pas encore la règle pour tous les juifs, le Livre des Juges s’attarde sur les hésitations du peuple entre la vénération qui lui était imposée d’une divinité unique, l’esprit particulièrement jaloux commun à tous les peuples du désert, et la pratique des rites traditionnels issus du paganisme sémite. Seul le sanctuaire de Beth-el, administré par le légendaire prophète Samuel, attesterait de la prédominance, en un unique lieu, du monothéisme le plus intolérant sur les rites païens. Samuel aurait cependant cédé à la pression populaire pour sacrer roi Saül (vers 1020-1004 av. J.-C.), issu de la tribu de Benjamin. Saül s’étant par la suite refusé à exécuter le commandement des rabbins lui ordonnant la destruction totale des Amalécites, qui lui avaient été désignés comme ennemis d’Israël, il fut ultérieurement destitué de la royauté par Samuel au profit de David (vers 1004-965 avant J.-C.). La chronologie reste incertaine. David, prétendument puissant roi d’une grande nation, et qui demeure encore aujourd’hui en tant que tel une référence identitaire incontournable dans l’imaginaire des juifs du monde entier, et dont l’évocation du seul nom renverrait prétendument à la grandeur passée d’Israël, n’était en réalité qu’un chef de guerre à la tête d’une minuscule armée, constamment harcelée et menacée d’anéantissement par les puissances voisines, et de surcroît perpétuellement divisée par des luttes intestines. Le texte biblique affirme ici que Saül n’accepta jamais le jugement de Samuel qui l’avait destitué, en dépit des concessions faites par son propre fils, Jonathan, qui, lui, reconnut les prétentions de David à la royauté, renonçant à ses propres droits en tant que légitime héritier, ce qui ne manqua pas d’éveiller la colère de son père contre lui. David renonça par la suite à tuer son rival Saül, probablement par réalisme politique. Saül mourut au combat contre les Philistins, ce qui permit alors à David, après bien des vicissitudes, d’accéder enfin au trône et d’imposer la suprématie de son clan sur les tribus d’Israël. On lui a faussement attribué le Livre des Psaumes, manière de célébrer sa prétendue sagesse et son esprit profondément religieux. En vérité, le fait même qu’il lui fut refusé d’édifier le Temple de Jérusalem, ville qu’il avait pourtant achetée pour en faire la capitale des juifs, que cette tâche ne pouvait incomber qu’à son fils Salomon, révèle qu’au jugement des religieux il n’était jamais resté qu’un rustre guerrier aux préoccupations exclusivement commandées par ses ambitions personnelles.

1.4. Les premières inscriptions hébraïques et la rédaction des textes bibliques (XIIe-IIIe sc. av. J.-C.).

À la différence des autres peuples de la région, les Sumériens, les Égyptiens, les Phéniciens même, chez qui la pratique de l’écriture est plus anciennement attestée, les juifs n’ont éprouvé que tardivement le besoin de recourir à l’usage d’une langue écrite qui leur fut commune. Il n’y a chez eux aucune trace d’une comptabilité quelconque[2], ce qui s’avère pour le moins paradoxal dans le cas d’une communauté essentiellement constituée de marchands. À vrai dire, ceux-là devaient fort peu s’embarrasser de la justesse des comptes et de la mémoire de leurs engagements, aussitôt pris, aussitôt oubliés très probablement. C’est ce qui explique que la plus ancienne inscription hébraïque connue, constituée par le calendrier de Gezer donnant le cycle annuel des activités agricoles, ne remonte qu’à la fin du Xe siècle avant J.-C. Une telle inscription ne pouvait avoir été tracée qu’après la sédentarisation des juifs et leur stabilisation sur un territoire limité.

L’hébreu appartient avec l’araméen, le syriaque, l’éthiopien et l’arabe entre autres langues au groupe sémitique. Sa prononciation présente encore un grand nombre de variations suivant les régions. Il s’écrit dans un alphabet ne comprenant que des consonnes et un nombre limité de racines, ce qui renvoie au caractère archaïque de cette langue. Ce n’est que plus tard que les scribes y ajoutèrent des voyelles, lorsqu’il s’était agi de lever les ambiguïtés qui ne manquaient pas de naître de la prononciation insuffisamment fixée des textes bibliques notamment, et pour faciliter l’apprentissage de la langue écrite. Ses développements ultérieurs ont fait apparaître toutes sortes de variantes : il existe un hébreu mishnaïque à côté de l’hébreu rabbinique et de la langue parlée. Après la destruction du Temple de Jérusalem en 70 après J.-C., les juifs ont rapidement cessé eux-mêmes de parler l’hébreu pour adopter la langue du pays dans lequel ils s’étaient établis pour commercer, ou bien forgeant assez rapidement un dialecte leur permettant de se comprendre entre eux, dans lequel les hébraïsmes et les mots hébreux abondaient naturellement, tout en continuant d’user pour l’écriture des caractères hébraïques. Ainsi sont nés le yiddish, dialecte judéo-allemand, et le ladino, dialecte judéo-espagnol, à côté de l’hébreu qui continuait à être entretenu par l’étude des textes et comme langue liturgique. La renaissance de l’hébreu comme langue parlée fut effective vers la fin du XIXe siècle, à la suite des travaux de linguistes et d’hommes de lettres tel qu’Eliezer Ben Yehuda (1857-1922), donnant naissance à l’Ivrit, l’hébreu moderne, devenue avec l’arabe langue officielle de l’État d’Israël, que les juifs aujourd’hui doivent apprendre ou réapprendre dans les Oulpanim.

La rédaction des textes de la Bible, le TaNaKH pour les juifs, se serait quant à elle étalée sur une longue période d’un millénaire, entre les XIIe et IIIe siècles avant J.-C., quoique plus vraisemblablement à partir seulement du VIIe siècle, sous le règne du roi Josias[3]. Les cinq Livres de la première partie, la Torah, furent constamment remaniés tout au long de cette période, avant d’être définitivement fixés par les rabbins entre les VIIIe et IXe siècles de notre ère. La deuxième partie, Nebi’im inclut à la fois des Livres dits "historiques" et des textes prophétiques, formant un ensemble des plus hétéroclites. Si les événements relatés par les Livres "historiques" se rapportent à la période allant de la fin de la conquête du pays de Canaan – vers 1250 av. J.-C. – à la destruction du premier Temple de Jérusalem – 586 av. J.-C. –, il n’en est pas de même des textes prophétiques, qui renvoient à des contextes historiques et à des événements très différents, ne pouvant plus ainsi être datés avec une quelconque certitude. Il en va de même de la troisième partie, Ketoubim, véritable fatras littéraire comprenant tout à la fois des textes "historiques", poétiques, récitatifs, mais aussi des psaumes et des proverbes. D’autant plus que les rabbins de la période mischnaïque ont sélectionné les Livres du TaNaKH parmi de nombreux autres écrits, dont certains nous sont parvenus avec les Livres apocryphes des premiers siècles du christianisme, par exemple le Livre d’Isaïe, le plus ancien manuscrit juif qui subsiste encore actuellement, retrouvé à Qûmran, et datant vraisemblablement du Ier siècle de notre ère.

La lecture en commun des Livres de la Bible dans le texte hébraïque constitue depuis deux millénaires l’un des plus efficaces ciments de la communauté juive : la Torah à l’occasion de tous les shabbats et jours de fêtes juives, les quelques versets bibliques chaque lundi et chaque jeudi. Tout au long de l’histoire des juifs, le TaNaKH a suscité de nombreux commentaires, s’attachant parfois jusqu’à la compréhension d’un seul mot hébreu, et que nous signalerons par la suite. Les rouleaux de la Torah constituent souvent eux-mêmes, avec les lampes de Hanouka, les objets de culte les plus anciens qu’ont pu conserver nombre de synagogues, lorsqu’ils n’ont pas été vendus ou détruits.

1.5. Les deux royaumes (Xe-VIe sc. av. J.-C.).

Le roi Salomon, fils de David, s’employa avant tout à réconcilier autour de leurs intérêts communs les douze tribus d’Israël. Il réglemente la vie du pays en créant des divisions administratives, et impose la prééminence de Jérusalem comme centre. Il fait édifier un temple consacré à Yahvé, le dieu unique des nomades du désert, dont le "Saint des Saints", à l’accès particulièrement contrôlé, et censé abriter les anciennes Tables de la Loi que Moïse avait brisées, recélait plus vraisemblablement une simple tête d’âne, au témoignage des auteurs antiques. La signification d’un tel symbole nous échappe. Quoi qu’il en soit, un tel fait ne concorde pas avec le caractère particulièrement somptueux du premier Temple tel qu’allégué par les juifs rédacteurs de la Bible, avec force détails suffisant à eux seuls à révéler leur matérialisme étroit et borné et leur goût particulier pour le clinquant. L’instauration d’un pèlerinage imposé au Temple, équivalent au pèlerinage de la Mecque encore aujourd’hui en vigueur pour tout musulman, et la relative prospérité entraînée par le commerce jusqu’à Jaffa, Tyr, peut-être même jusque sur les côtes orientales de l’Afrique, contribuèrent à l’unité du royaume.

Après sa mort éclatent toutes sortes de dissensions dans cette confédération tribale, que Roboam, le fils de Salomon, ne parvint pas à contenir. C’est alors qu’apparurent deux royaumes hostiles l’un à l’autre : au Nord, celui d’Israël, gouverné par Jéroboam ; au Sud, le royaume de Juda. Celui d’Israël rétablit le culte du Veau d’Or, c’est-à-dire de la richesse en soi, que favoriserait la foi pour le dieu des juifs, déjà condamné par Moïse, et le culte de Baal et d’Astarté (Ishar), en favorisant l’établissement de nouveaux sanctuaires indépendants de la tutelle du Temple de Jérusalem, contre lesquels s’élèvent les imprécations des prophètes, Isaïe et Jérémie en particulier. La corruption est alors généralisée à tous les niveaux de la société, et l’injustice sociale particulièrement criante, d’où la diffusion déjà d’utopies messianistes, particulièrement exaltées, auprès du peuple.

Vers 720 avant J.-C., le royaume d’Israël fut conquis par les Assyriens, et ses habitants déportés plus à l’Est. En 586 avant J.-C., ce fut le tour du royaume de Juda d’être annexé par Nabuchodonosor. Le premier Temple de Jérusalem fut détruit, les juifs défaits, et pour partie prétendument emmenés comme esclaves à Babylone. La Bible présente la destruction des deux royaumes comme s’il s’était agi d’un châtiment divin réprimant sévèrement l’idolâtrie des juifs, et l’esclavage des juifs comme ayant été particulièrement pénible. En réalité, non seulement une partie non négligeable de la population avait échappé à l’asservissement, et avait eu le privilège de pouvoir demeurer sur son lieu de résidence, mais les Babyloniens avaient encore eu à cœur de renforcer la position des fonctionnaires juifs, des riches et des classes dominantes, qui continuaient à administrer le pays pour le compte des conquérants.

En Babylonie même, la situation politique et économique des juifs était excellente. Étant depuis toujours regardés comme des sémites, ayant tissé certains liens avec les populations autochtones, les juifs y jouissaient d’une totale autonomie, qui leur fut encore accordée jusqu’au Xe siècle de notre ère, bien après le retour d’une partie d’entre eux en Palestine. Cela n’empêchait pas cependant les constantes lamentations des prophètes, la nostalgie ingrate du pays d’origine, nourrie d’un esprit de haine et de vengeance dirigé contre leurs nouveaux maîtres, le désir de cohésion étroite entre eux aussi. Après la destruction du premier Temple de Jérusalem, ce fut la synagogue qui dans l’imaginaire judaïque devint, et pour longtemps, dans la dispersion des juifs, le centre de toute vie communautaire. L’inlassable commentaire du TaNaKH par les lettrés donna naissance au Talmud de Babylone. Le refus particulièrement vif de cohabiter, et à plus forte raison de se métisser avec des non juifs, même d’ascendance sémite, leur intenable complexe d’élection, leur volonté de se croire supérieurs à toutes les autres nations, avec l’espoir de pouvoir revenir un jour à Jérusalem, tout cela influencera fortement la psychologie des juifs, avec les promesses faites par les prophètes Jérémie ou Ezéchiel[4] de leur retour prochain.

La conquête ultérieure de Babylone par les Mèdes fut ainsi tout naturellement interprétée par les prophètes et les rabbins comme le signe d’une intervention de Yahvé en leur faveur. Cyrus entreprit alors une politique de restauration et de reconstruction encore plus favorable aux juifs que ne leur était leur condition antérieure. Il leur permit de revenir s’ils le souhaitaient à Jérusalem, et favorisa la reconstruction de leur Temple. En 538 avant J.-C., une première vague migratoire de 42.360 hommes libres et 7.337 esclaves – on ne sait s’il s’agissait des esclaves des juifs ramenés dans leurs bagages, ou bien de juifs précédemment esclaves à Babylone – entreprit le retour en Palestine. Pour leur sécurité, les Mèdes les assignèrent cependant à résidence sur un territoire restreint, limité à Jérusalem et à ses environs. Les juifs revenus de Babylone étaient en effet constamment attaqués par les colons dont les Assyriens avaient permis l’installation en Samarie après leur conquête du royaume d’Israël. Avec leur intolérance caractéristique, telle qu’entretenue par les prophètes et les rabbins au cours des années d’exil, ils supportaient difficilement la concurrence avec les Samaritains, bien que ces derniers avaient adopté eux aussi la religion judaïque, dans leur volonté de bâtir leur propre temple sur le Mont Guerizim, lequel aurait probablement éclipsé la grandeur du Temple de Jérusalem reconstruit en 515 avant J.-C. Les premiers migrants furent renforcés numériquement en 458 avant J.-C. par une seconde vague migratoire dirigée par Ezra, nommé par la volonté des Mèdes nouveau gouverneur des juifs, qui comprenait 18.000 hommes, accompagnés de leurs femmes et de tous les enfants qu’ils en avaient engendrés. Cette seconde vague migratoire bénéficia de surcroît pour s’établir dans le pays de l’appui militaire des Mèdes, probablement de forces mercenaires et de la cavalerie du roi. Le fait montre la réalité des rapports qui s’étaient établis entre les juifs et les Mèdes, les seconds ayant vraisemblablement assis leurs conditions d’existence sur la légendaire habileté des premiers dans toutes leurs entreprises commerciales.

1.6. La restauration du royaume de Juda (Ve sc. av. J.-C.).

Le nouveau gouverneur des juifs, Ezra, trouva à son arrivée une communauté largement métissée, dans laquelle les mariages mixtes atteignaient des proportions jugées par les rabbins particulièrement alarmantes. Il prit alors la décision, sans doute sur l’injonction des autorités religieuses, de dissoudre et réputer non valides tous les mariages mixtes, et de faire mettre à mort tous les enfants qui étaient regardés comme les fruits d’unions réputées impures. Le résultat en fut que les Samaritains et les autres habitants de la Palestine réagirent contre la grave offense qui leur était alors faite, et la volonté manifestée depuis longtemps par les juifs de les inférioriser. Ezra fit rebâtir les murailles de Jérusalem pour prévenir toute attaque de non juifs, ce dont il n’avait pas le pouvoir. Ses rivaux juifs le dénoncèrent alors aux rois perses. Ezra reçut l’ordre d’abandonner les travaux entrepris. Néhémie, un autre juif, qui occupait de hautes fonctions à la cour, parvint à faire révoquer l’arrêt royal et à être nommé à son tour gouverneur de Judée. Il vint à Jérusalem en 445 avant J.-C. En cinquante-deux jours, les murailles de Jérusalem furent rebâties. Hanani, le propre frère de Néhémie, fut chargé de la garde des remparts, qui furent bénies en présence de Néhémie.

Ezra et Néhémie décidèrent de s’associer. En 445 avant J.-C., le jour même du Yom Kippour, Ezra fut invité à lire la Torah devant le peuple rassemblé. Trois semaines plus tard, une journée de jeûne national fut proclamée, les juifs s’engageant collectivement alors à suivre la totalité des préceptes de la Torah. Quelques années plus tard, Néhémie fut rappelé à la cour des Perses. Son éloignement ne fit qu’entretenir les dissensions, et à son retour à Jérusalem, les multiples proscriptions rituelles qu’il imposa provoquèrent une rupture définitive entre les Samaritains et les juifs.

1.7. Les premières diasporas (IVe sc. av. J.-C.-XXe sc.)

1.7.1. L’Égypte.

Il existait sur le Nil, à Éléphantine, une importante communauté juive dont l’extraction exacte se perd dans l’obscurité. Les juifs avaient bâti là-bas un temple, par rapport auquel l’attitude des autorités religieuses de tutelle, à Jérusalem, était pour le moins ambivalente. Ce temple fut détruit en 410 avant J.-C. par des prêtres égyptiens pour se venger de l’arrogance et de l’exclusivisme des juifs.

1.7.2. Babylone. La Perse.

Depuis le Ve siècle avant J.-C., une vaste région de la Babylonie se trouvait presque entièrement peuplée de juifs. Ils y jouissent depuis longtemps d’une totale autonomie, sous la tutelle directe de leurs chefs se réclamant de la lignée du roi David. Leur richesse outrageante, les privilèges qu’ils surent si bien extorquer, leur mépris de toujours affiché à l’encontre des goyim ne firent cependant qu’exciter l’hostilité des populations locales à leur encontre.

Vers le IVe siècle avant J.-C., sous l’influence de courtisans juifs particulièrement en vue, toute la communauté juive fut sauvée du décret d’extermination qui la menaçait. Le jeûne d’Esther suivi de la fête de Pourim ont été par la suite institués pour célébrer cet événement par lequel des juifs furent sauvés in extremis uniquement grâce aux compromissions et mascarades de quelques-uns d’entre eux. C’est encore aujourd’hui chez les juifs l’occasion de fêtes familiales et communautaires où chacun se déguise et défile de manière provocante.

Après la destruction du Temple ordonnée par l’empereur Titus en 70 de notre ère, et le déplacement de l’autorité spirituelle sur les juifs de Galilée à Babylone, quantité de rabbins  et d’érudits juifs se joignirent à la communauté existante. En 219 de notre ère, Abba Arikha, éminent rabbi s’étant donné le nom de Rav, vint à son tour en Babylonie. Il fonda dans la cité de Soura une académie rabbinique, laquelle devint bientôt, avec celle du rabbi Samuel à Nehardéa, un important centre spirituel juif. C’est dans ces deux académies que fut compilé le Talmud, vaste recueil d’interprétations de la loi mosaïque, dans ses deux parties, la Mishna et la Guemara, les commentaires de la Mishna. La forme définitive du Talmud lui fut donnée au Ve siècle, peu après celle du Talmud de Jérusalem.

La communauté juive de Babylonie prospéra jusqu’au Xe siècle. C’est alors qu’un schisme se produisit. Les Karaïtes rejetèrent les interprétations bibliques des rabbins, et la communauté juive déclinante fut réduite par ailleurs, sous l’influence croissante de l’islam, mais aussi en raison de sa faible vitalité démographique. Elle ne cessa pas cependant d’exister jusqu’au XXe siècle, où elle émigra massivement en direction du nouvel État des juifs. Il subsiste néanmoins encore aujourd’hui des juifs en Irak, et bien plus nombreux en Iran, où ils bénéficient depuis toujours d’une grande tolérance de la part de l’islam chiite.

1.7.3. Le royaume de Juda.

La monarchie ne fut restaurée en Judée qu’après trois siècles d’occupation perse. Aucun document n’atteste de la vie des juifs durant cette période.

1.7.4. L’Arabie.

Des légendes juives font remonter la venue de juifs en Arabie au temps de Moïse. D’autres légendes affirment que lors de la destruction du premier Temple, 80.000 rabbins s’y étaient rendus, le nombre étant manifestement très exagéré. Il est cependant incontestable qu’une communauté juive se trouvait implantée là-bas, et principalement au Yemen depuis les temps les plus anciens. Au Ve siècle avant J.-C., ils refusèrent l’appel lancé par Ezra de venir s’établir en Palestine, et ce fut seulement durant les années 1949 et 1950 qu’ils bénéficièrent massivement d’un pont aérien établi par l’État des juifs à leur profit.

Les tribus juives étaient particulièrement puissantes et influentes en Arabie avant l’avènement de l’islam, au VIIe siècle. Les conversions collectives au judaïsme n’étaient pas rares alors. L’existence d’un royaume juif au moins se trouve attestée : celui de Youssouf Dhu Nuwas – 517 ou 518-525 après J.-C.

Quoique fortement imprégnée de judaïsme et influencée par lui, la religion nouvelle, l’islam, fut rapidement retournée, dès le vivant de Mahomet, contre les juifs. Ayant naturellement échoué à obtenir la conversion des juifs, Mahomet décida de leur persécution. Il chasse les juifs de Médine, fait mettre à mort tous les hommes et enfants mâles de la tribu juive du lieu. La conquête de tout le pays par les musulmans déboucha pour les juifs en 637 sur le pacte d’Omar : en tant qu’héritiers d’Abraham, les juifs se virent reconnaître avec les chrétiens le statut de "protégés" (dhimmis), conformément à la doctrine ahl-al-dhimma, qui en détermina dorénavant leurs droits. Ils sont redevables d’un impôt spécial en contrepartie de leur droit de résider en terre musulmane, de pratiquer leur religion et d’être protégés par les armes. Eux-mêmes n’ont pas le droit de porter des armes, ni à l’usage des selles. Tout orphelin juif mineur se trouve contraint de se convertir à l’islam. Les juifs ont en revanche le droit reconnu de se livrer à tous les métiers, artisanaux et du commerce, impliquant l’or ou l’argent. Le travail des métaux précieux, interdit aux musulmans, devint bientôt leur privilège, et fut source d’opulence certaine.

1.8. L’époque hellénistique (IVe-IIIe sc. av. J.-C.).

Sous l’influence de la culture grecque les juifs évoluèrent pour adopter les manières d’être de leurs conquérants, mais tout en renforçant leur particularisme religieux. L’enseignement de la Torah fut particulièrement soutenu, et des lettrés s’efforcèrent de l’adapter pour qu’elle puisse faire office de constitution des juifs. De nouvelles lois furent promulguées, mieux en accord avec les conditions de vie d’alors. Les sentences morales furent désormais fondées sur l’étude des textes de référence. Le grand Synode – ha-Knesset ha-Guedola – fut institué, donnant ultérieurement son nom au Parlement de l’État des juifs – la Knesset –, ce qui en fit un État ouvertement théocratique.

En peu d’années, et jusqu’au VIIe siècle de notre ère, les juifs basculèrent ainsi de la sphère d’influence des cultures orientales à celle de la Grèce, puis de Rome. Les conséquences en sont toujours actuelles : quoique sémites tout comme eux, les juifs se regardent souvent encore aujourd’hui comme plus occidentaux que leurs voisins arabes, car prétendument plus civilisés. En réalité, ils ne le sont pas davantage. Ils n’ont fait qu’adopter le mode de vie le plus avancé des catégories sociales privilégiées, de l’époque hellénistique, puis des classes dirigeantes de l’empire romain, en attendant celui du nouvel empire, les USA, tout en conservant jalousement leurs anciennes croyances et leurs rites traditionnels.

Alexandre le Grand conquit la Judée en 382 avant J.-C. sans rencontrer de résistance. Après sa mort, ses successeurs se disputèrent la Palestine, qui changea alors régulièrement de tutelle. En 301 avant J.-C., elle fut conquise par Ptolémée Ier d’Égypte, et demeura alors sous l’autorité ptolémaïque jusqu’en 200 avant J.-C., avant de passer sous la domination du royaume séleucide et annexé à la Syrie. Les nouveaux conquérants accordèrent aux juifs une considérable autonomie dont ils surent profiter, malgré les redevances et tributs auxquels leurs nouveaux maîtres les assujettissaient. Le grand Prêtre de Jérusalem était le gouverneur réel de l’État, n’ayant de comptes à rendre que directement à la cour. Malgré le refus constant du métissage, les influences étrangères, surtout culturelles, se multiplièrent. Les soldats, les diplomates, les marchands étrangers, furent particulièrement bien venus, au point que les classes les plus favorisées adoptèrent rapidement jusqu’à la langue des conquérants, comme en témoignent le nombre d’inscriptions grecques en relation avec la vie juive exclusivement, et de motifs hellénistiques retrouvés.

1.9. Le tournant du IIe siècle et la révolte asmonéenne (IIe-Ier sc. av. J.-C.).

Durant une longue période, la Judée ne subit aucune conséquence sérieuse de l’occupation séleucide. Mais bientôt les juifs furent exposés à la menace constante des Parthes, aux frontières Nord-Est de l’empire romain, ce qui exigea l’intervention directe de Rome. Le royaume séleucide dut se plier aux exigences de l’Empire, et fut condamné à payer un lourd tribut aux Romains. Pour s’acquitter de ses obligations, il mit alors au pillage les richesses conservées par les temples du royaume, dont celui de Jérusalem.

Lorsque le nouveau souverain séleucide, Antiochus Epiphane, accéda au trône en 175 av. J.-C., les juifs se dressèrent violemment contre la nouvelle stratégie militaire, alors dirigée contre l’Égypte ptolémaïque dont ils étaient les partenaires économiques privilégiés. Antiochus Epiphane entendait  sécuriser la frontière sud de son royaume, les juifs quant à eux continuer à circuler librement au gré des exigences du commerce. Par réaction, Antiochus Epiphane destitue le grand Prêtre Onias au profit de son frère Jason, rallié aux Séleucides. Pour remplacer le Temple de Jérusalem, il fit construire un gymnase, tentant ainsi de substituer aux superstitions obscurantistes des juifs la préoccupation première de la santé des corps et de l’hygiène. Il interdit sous peine de mort les crimes rituels des juifs, ainsi que la circoncision des enfants et les autres mutilations traditionnelles. Il fit consacrer le Temple de Jérusalem à Zeus.

Les juifs se divisèrent alors, entre les hellénisants, se recrutant surtout parmi les privilégiés et les rabbins, et les traditionalistes, avec à leur tête les Hassidim – les pieux –, extrémistes partisans de la résistance à tout prix aux goyim. Ressurgirent dans l’imaginaire juif les vieilles utopies messianistes, datant de l’exil à Babylone, et la promesse factice de la restauration du royaume des juifs, que les Hassidim ne manquèrent pas d’exploiter.

En 167 avant J.-C., exhortés à se révolter par Matthias Maccabée, rabbi de Modin, des juifs se réfugièrent dans les montagnes, incitant le peuple à la résistance contre le pouvoir central séleucide. Cette révolte locale et limitée se transforma bientôt en une guerre d’indépendance nationale. En 163 avant J.-C., les Séleucides tentèrent une médiation : reconnaître au profit des juifs une totale liberté politique et religieuse, contre le dépôt des armes. Mais les juifs ne l’entendirent pas ainsi. De sanglants combats s’ensuivirent. En 142 avant J.-C. la Judée reconquit son indépendance. La famille Maccabée, devenue le clan des Asmonéens, confisqua alors à son profit la totalité des pouvoirs, religieux et politiques. Elle désigna en 140 avant J.-C. Simon Ethnarque à la fois grand Prêtre et commandant en chef de l’armée, puis se fit dynastie royale. Des traités furent bientôt signés avec Rome, permettant à Jean Hyrcan, fils de Simon, de monter sur le trône d’une Judée devenue indépendante. Les Juifs s’annexèrent alors l’État voisin d’Idumée, forçant la population à se convertir au judaïsme. Jean Hyrcan conquit aussi la Cisjordanie, et entreprit d’annexer la Galilée, au Nord de la Palestine. Ses successeurs poursuivirent sa politique expansionniste, tel Alexandre Jannaï (103-76 av. J.-C.), qui réduisit toutes les enclaves non peuplées majoritairement de juifs. Mais le fossé se creusa toujours davantage entre les Hassidim et les hellénisants. Les premiers donnèrent naissance aux Pharisiens. Les seconds se rangèrent massivement aux Asmonéens, sous la domination de Jean Hyrcan, puis de ses successeurs.

1.10. Pharisiens et Sadducéens (Ier sc. av. J.-C.).

Les Pharisiens mettaient l’accent sur la pureté rituelle. Ils se consacraient presque entièrement à l’interprétation de la loi judaïque et au commentaire des textes, enrichissant inlassablement la Mishna et le Talmud, s’attachant aussi à démocratiser les rites, ce qui ne manqua pas d’entraîner la réaction des rabbins, craignant pour l’hégémonie du Temple de Jérusalem, et dont ils contestaient l’autorité dans l’interprétation des textes sacrés. À l’opposé, les Sadducéens – du nom de Zaddok, l’un des grands Prêtres du Temple de Jérusalem –, se recrutant majoritairement parmi les rabbins et les classes les plus aisées, entendaient avant tout préserver leurs propres privilèges, insistant sur l’autorité centrale de Jérusalem. Ils rejetaient au nom de la tradition mosaïque les interprétations nouvellement introduites par les Pharisiens, comme les superstitions développées parmi le peuple ultérieurement à Moïse : croyance en la résurrection des corps, en l’immortalité des âmes, aux anges et aux génies. À l’opposé de l’esprit révolutionnaire-conservateur caractéristique du pharisaïsme, ils entendaient maintenir intacte la pureté originelle de la religion juive. De leur point de vue particulièrement rigoriste, le moindre litige ne pouvait être jugé que tout comme les crimes de sang, par application stricte de la loi du Talion. Se définissant eux-mêmes comme les gardiens du Temple, les Sadducéens se faisaient les défenseurs inconditionnels de l’autorité des rabbins, contre toute velléité d’ouverture démocratique au profit des petites gens.

Bientôt le pharisaïsme conduisit à des revendications plus proprement politiques. Il exigea du clan des Asmonéens la séparation des pouvoirs temporel et spirituel, reprochant à la dynastie royale fondée par ceux-là de n’être pas issue de la lignée de David et de Salomon, et de n’avoir ainsi aucune autorité pour administrer le Temple. Sous le règne d’Alexandre Jannaï, la plupart des Pharisiens, qui incarnaient l’opposition politique au pouvoir central, furent persécutés ou contraints à l’exil. Le judaïsme éclata alors en une multitude de sectes des plus diverses, certaines continuant à se réclamer de l’esprit du pharisaïsme mais tout en acceptant de se soumettre, d’autres, telle celle des Esséniens, adoptant des positions plus radicales les contraignant à l’isolationnisme et à une vie à l’écart.

1.11. La fin de l’indépendance (Ier sc. av. J.-C.).

Salomé Alexandra, veuve d’Alexandre Jannaï, régna encore de 76 à 67 av. J.-C., ayant fait désigner son fils aîné Hyrcan grand prêtre du Temple de Jérusalem, et Aristobule, son cadet, commandant en chef de l’armée. Elle concéda cependant aux Pharisiens, quoique sous la tutelle de son frère Simon ben Shetah, l’administration de l’État. À la mort de Salomé Alexandra, un conflit se fit jour entre ses deux fils, qui déboucha bientôt sur une guerre civile. Rome prit la décision d’intervenir militairement, et occupa la Judée en 63 avant J.-C., qui devint alors une province romaine. Le commandant en chef des troupes d’occupation, Pompée, se vit confier par Rome le pouvoir de désigner le roi de Judée.

Pompée fut vaincu par Jules César en 49 avant J.-C. Ce fut l’opportunité pour Hyrcan, accompagné de son conseiller Antipas, qui était d’origine iduméenne, de se rendre à Rome à la cour de César et d’intriguer pour faire reconnaître son pouvoir avec le soutien de Rome. César prit alors toute une série de décisions favorables à Hyrcan. Il reconnut en lui la dignité de grand prêtre du Temple de Jérusalem, et favorisa la montée en puissance d’Antipas, qui put nommer ses fils aux plus hautes dignités, Hérode en particulier gouverneur de la Galilée. Mais bientôt renaquit la guerre civile. L’un des fils d’Aristobule parvint, en trompant les Parthes dont il extorqua le soutien militaire, à accéder au trône, avant d’être destitué au profit d’Hérode, qui fut proclamé roi de Judée.

Hérode, quoique affichant une observance stricte des préceptes de la religion judaïque, fut constamment en butte à l’hostilité du peuple, qui ne voyait en lui qu’une marionnette au service de la puissance occupante. Son royaume, bien qu’élargi par les conquêtes romaines, n’avait que le statut d’une province de Rome, et toute revendication d’indépendance s’y trouvait impitoyablement réprimée. Son mariage avec une princesse asmonéenne, Mariamné, dans le but d’asseoir sa légitimité, ne fit pas pour autant taire l’opposition populaire, et encore moins celle des rabbins, même lorsqu’il décida de faire ériger, en lieu et place du modeste sanctuaire voulu par Ezra, un nouveau temple à la gloire de Yahvé, en interdisant l’entrée aux goyim et aux païens sous peine de mort. Sa personnalité, particulièrement faible et influençable, et sa légendaire cruauté n’étaient pas pour le servir. Il fit bientôt condamner à mort ses propres enfants sur la seule base de soupçons certainement infondés, ce qui fit dire à l’empereur Octavien lui-même : « Mieux vaut, si on tient à survivre, être le cochon d’Hérode plutôt que son fils ! » De là date ce bien naïf thème évangélique du massacre des Innocents. La méfiance maladive d’Hérode à l’égard de toute contestation, la répression particulièrement lourde et sévère des soulèvements populaires qui entachèrent son règne, le firent passer pour un despote étranger, étouffant dans l’œuf toute velléité de la part des juifs de recouvrer leur indépendance perdue, datant de la brève période asmonéenne.

1.12. La Palestine sous la domination romaine (Ier sc. av. J.-C.-IIe sc. après J.-C.).

La mort d’Hérode en 4 avant J.-C. signifia la fin du royaume de Judée, Rome refusant de décerner le titre de roi à ses fils. Par la suite, des procurateurs romains gouverneront la Palestine. Leur attitude à l’égard de la population juive fut mitigée. La plupart avaient pris soin de favoriser l’ascension sociale des goyim et des juifs hellénisants, de manière à contenir l’esprit de révolte des juifs par la division. Mais tous, en dépit de la contestation quasi permanente de l’autorité romaine, s’efforceront d’acheter, souvent à prix d’or, leur nomination : le gouvernement du pays signifiait en effet une promesse d’enrichissement particulièrement rapide, du fait de l’aisance acquise par les juifs et de la prospérité généralisée permise par le commerce.

Durant les deux premiers siècles, l’esprit d’indépendance et de révolte des juifs se trouva exacerbé. Les soulèvements populaires, allant jusqu’à la résistance armée, la contestation des impôts et taxes surtout, versés au profit de Rome, furent de plus en plus fréquents. C’est dans ce contexte que prit place la révolte initiée par Yeshuah le Nazaréen – si cette figure n’est pas purement mythique, amalgamant selon toute vraisemblance en un unique personnage plusieurs contestataires religieux et révolutionnaires juifs –, c’est-à-dire le Zélote, finalement crucifié par les Romains pour avoir revendiqué le titre de roi des juifs, c’est-à-dire avoir prétendu se faire décerner la couronne de l’ancien royaume de Judée.

En 66 de notre ère, la révolte est généralisée. Les rabbins refusèrent en bloc d’offrir les sacrifices dus au peuple romain et à la personne de l’Empereur. Les juifs égorgèrent les soldats de la garnison romaine de Jérusalem, puis parvinrent à vaincre les troupes envoyées précipitamment de leur garnison de Syrie en Palestine. Un gouvernement provisoire fut alors constitué. L’empereur Vespasien dépêcha alors des renforts considérables. En 70, le nouvel empereur, son fils Titus, fit assiéger Jérusalem, la détruisit pierre par pierre, incluant le légendaire Temple. Depuis lors, le jour de Tisha be-Av dans le calendrier juif fut déclaré jour de deuil et de jeûne pour commémorer cet événement, les rabbins ayant fait artificiellement coïncider cette date avec celle de la destruction du premier Temple.

Toutefois, malgré la destruction du Temple, la volonté de l’empereur Hadrien d’implanter une colonie romaine à l’emplacement des ruines de Jérusalem, pourtant soutenue par le rabbi Akiba, la plus grande autorité spirituelle de l’époque, l’interdiction de la pratique des rites judaïques, puis la réduction des derniers résistants juifs à l’esclavage, l’esprit de révolte ne s’éteint pas. Les rabbins surent l’entretenir en transférant leur centre de décision de Jérusalem à Yavneh. De 115 à 117 de notre ère, des soulèvements sporadiques continuèrent d’agiter la Palestine, culminant dans la révolte de Bar Kokhba, laquelle dura trois longues années. Les forces militaires de l’empire romain furent sévèrement éprouvées, dans le seul but de réduire totalement les dernières poches de résistance judaïque. Il fallut se battre au corps à corps, et aller chercher les juifs jusqu’au fond des grottes, en plein désert. Après la conquête de Béthar, les derniers zélotes furent impitoyablement massacrés, ou prirent lâchement la fuite. En Palestine, la Galilée demeura pour longtemps encore le seul bastion du judaïsme. Là se trouvèrent compilées au IIIe siècle la plupart des lois constitutives de la Mishna, la tradition orale inaugurée au cours de l’exil à Babylone. Ce fut alors le début de la diaspora des juifs : les fuyards, avec eux les premiers chrétiens, et le petit peuple ayant choisi le chemin de l’exil rejoignirent alors tout naturellement les milliers de juifs vendus comme esclaves jusque dans les contrées les plus lointaines. La continuité de la pratique en commun des rites du judaïsme, même en secret, entretint durablement le sentiment identitaire d’appartenance à Israël.

D’importantes communautés juives existaient depuis longtemps déjà, partout où des juifs pouvaient espérer s’enrichir rapidement, sans trop de scrupules : en Égypte, dans toute la péninsule italienne et en Sicile, en Grèce, en Espagne, en Gaule, dans la plupart des grandes métropoles d’Asie mineure et en Arabie. Tant que le Temple de Jérusalem subsistait, il constituait pour tous ces marchands et trafiquants nés le centre de toute vie juive. Après sa destruction, et l’exil volontaire des rabbins et de leurs élèves, qui "descendirent" de Jérusalem partout ailleurs, souvent en Babylonie, ces communautés juives devinrent rapidement indépendantes les unes des autres.

 

2. La légendaire dispersion des juifs.

2.1. Les diasporas de l’époque médiévale.

2.1.1. L’Espagne.

Les juifs d’Espagne étaient depuis toujours étroitement liés aux juifs d’Afrique du Nord. Les centres de Kairouan et de Fès, pour le Maghreb, de Tolède et de Cordoue pour l’Espagne, attestent de la proximité des uns avec les autres, puisque compilant et codifiant dans le même temps les mêmes arguties juridiques propres aux talmudistes. Les Visigoths, chrétiens, parvinrent durant les Ve et Ve siècle à contenir leur expansion sur le sol européen. Mais à l’époque suivante, les juifs profitèrent des conquêtes musulmanes pour se répandre et prospérer dans toute l’Espagne, accédant aux plus hautes dignités et aux charges les plus lucratives. L’apogée de la civilisation musulmane fut aussi un âge d’Or pour les juifs. Nombreux furent ceux qui connaissaient une aisance matérielle tout à fait certaine et qui, délaissant le commerce traditionnel, se tournèrent alors vers l’art médical, les sciences (l’astronomie), la philosophie – par exemple Maïmonide, qui écrivit en arabe son œuvre fondamentale – ou les lettres, en particulier la poésie : Ibn Gabirol, Samuel ha-Naguid, Juda Halévy et bien d’autres encore.

Les superstitions anciennes ne sont pas cependant abandonnées. L’étude inlassable du Talmud fut poursuivie par Salomon Adret ou Asher ben Jehiel, qui s’acquirent une grande réputation en la matière. On vit alors naître un mysticisme juif conjointement à une magie noire et à une théurgie[5] : la Kabbale, dont le Zohar représente la traité spirituellement le plus soigné.

Le début du XIe siècle marqua le commencement de la reconquête des territoires naguère perdus par les chrétiens à l’avantage des musulmans et des juifs. Les musulmans furent alors progressivement refoulés du sol européen, par delà la Méditerranée. La présence des juifs fut d’abord tolérée, avant que leur attitude commune ne les fasse bientôt haïr des chrétiens. Toutefois, ces derniers étaient encore loin de soupçonner la véritable nature du judaïsme, puisque l’Église s’efforçait désespérément, bien entendu en vain, de convertir les juifs à la foi chrétienne. Ce fut finalement le décret de 1492 qui offrit aux juifs l’alternative suivante : ou la conversion, ou l’exil. Une minorité choisit alors officiellement la conversion pour être autorisée à demeurer dans le pays, mais pour continuer à pratiquer les rites judaïques en secret. La plupart des juifs choisirent l’exil : vers l’Afrique du Nord, l’Italie et la Sicile, la Hollande, la Turquie, la Grèce. Ainsi se formèrent les communautés sépharades – sephardim, en hébreu : d’Espagne –.

2.1.2. La France et l’Allemagne.

Dès le Ier siècle de notre ère, d’importantes communautés juives s’implantèrent en Gaule et sur la rive germanique du Rhin. Tous suivaient alors les voies de pénétration fluviale surtout, particulièrement propices aux contacts commerciaux. Mais à la différence des ancêtres des juifs sépharades, qui jouissaient traditionnellement de l’hospitalité accueillante et des largesses des populations musulmanes, les juifs établis dans les régions plus éloignées du pourtour du bassin méditerranéen formaient des communautés repliées sur elles-mêmes, totalement fermées à toute influence extérieure, en marge des sociétés des pays d’accueil. Même lorsqu’on les autorisait à posséder des terres, ils négligeaient la culture du sol, préférant se consacrer entièrement au commerce, et surtout à l’usure, dont ils firent bientôt leur spécialité. L’Église interdisant aux chrétiens le prêt à intérêt, les juifs comprirent rapidement l’avantage qu’ils pouvaient retirer pour eux-mêmes à prêter à des taux systématiquement prohibitifs, dans le seul but de mettre rapidement les emprunteurs dans l’incapacité de rembourser, et ainsi s’approprier facilement les biens gagés, mais non la haine que de telles pratiques allaient susciter à leur encontre. Bientôt, de nombreuses fonctions administratives et la pratique de certains métiers leur furent interdits : il s’agissait surtout de limiter les sources d’enrichissement dont des juifs pouvaient profiter. Le colportage et nombre de métiers artisanaux leur restaient en revanche largement ouverts.

C’est dans ce contexte que Rashi – 1040-1105 – écrivit ses commentaires devenus de référence de la Bible et d’une large partie du Talmud. Les écoles de Tosaphistes, dont ses petits-fils, complétèrent ultérieurement son œuvre. La spiritualité judaïque connaît un nouvel essor avec les Hassidim ashkénazes – en hébreu : d’Allemagne –, prônant l’ascétisme, tout en récupérant la démonologie et toutes les superstitions populaires façonnées tout au long des siècles précédents. C’était tout naturellement alors que les juifs se trouvaient assimilés par le peuple aux sorciers des campagnes. Accusés au XIVe siècle d’empoisonner les puits, alors que la peste noire sévissait en Europe, de profaner les hosties consacrées, de se livrer au crime rituel sur des enfants chrétiens, ils furent souvent persécutés, mais non exterminés, ce qui n’empêcha pas les communautés de survivre, de perdurer, et même de prospérer considérablement jusqu’à nos jours.

2.1.3. L’Europe orientale.

Les communautés juives d’Europe orientale s’enrichirent surtout des persécutions subies par les juifs dans la partie occidentale de l’Europe. Les territoires de l’Est étant alors sous-peuplés, les gouvernements locaux ne s’opposèrent pas à leur venue, même massive. Et très rapidement, les juifs furent nombreux à s’investir dans leurs secteurs économiques de prédilection : le commerce, le prêt sur gage, les activités artisanales les plus lucratives, et le colportage de marchandises de qualité médiocre, source d’enrichissement rapide.

En 1290, 16.000 juifs furent expulsés d’Angleterre, n’étant autorisés à y revenir qu’au XVIIe siècle, sous Cromwell. En 1306, ce fut le tour des juifs de France. De leur côté, les Khazars, d’origine turque, installés dans la région de la basse Volga entre le VIIe et le Xe siècle, se convertirent massivement au judaïsme vers 740. Les Kharaïtes les accueillirent dans leurs rangs. Partout à l’Est, des centaines de Yeshivot, collèges d’études rabbiniques, furent fondées, formant au judaïsme des milliers de lettrés. Un Conseil de gouvernement des juifs commun à la Grande et à la Petite Pologne, à la Volhynie et à la Lituanie fut institué : réuni deux fois l’an, à l’occasion des grandes foires commerciales, il lève les impôts au profit des rabbins, tranche les litiges, tout autant entre les particuliers que les communautés, s’érige en garant de l’orthodoxie judaïque et de la pureté de la race juive. Face à la faiblesse et à la corruption des gouvernements locaux, notamment polonais, la résistance à l’occupation juive n’est plus assurée que par les Cosaques, avec à leur tête Bogdan Chmelnizki. Celui-ci n’hésitait pas à venger dans le sang les exactions dont les juifs se rendaient régulièrement coupables auprès des populations locales. Des juifs furent égorgés jusque dans leurs synagogues. Des dizaines de milliers de juifs seront massacrés, pour intimider des millions d’autres juifs et les inciter à la prudence et à la méfiance à l’égard des chrétiens.

2.2. La vie des juifs en Palestine (Ier sc.-XVIe sc.).

Malgré la destruction du Temple en 70, et contrairement à la légende répandue de la dispersion des juifs, des juifs se maintinrent durablement en Palestine. Le règne de l’empereur Julien l’Apostat – 360-363 – leur fut un temps favorable. Dans le but d’affaiblir l’influence pernicieuse des chrétiens – secte juive s’étant par la suite retournée contre les juifs – Julien annonça son intention de faire reconstruire le temple de Jérusalem. Il alla même jusqu’à abolir le tribut payé à Rome par les juifs comme tous les autres ressortissants des provinces romaines. Il prit nettement parti en leur faveur, en dépit de ses convictions profondément païennes, dans la rivalité des juifs et des chrétiens, les premiers considérant les seconds comme des envieux et des usurpateurs. Le christianisme triomphant ne le lui pardonnera pas. Après sa mort en 321, le christianisme fut déclaré religion officielle de l’Empire. Les chrétiens se vengèrent alors de leurs anciens maîtres.

En 614, les Perses témoignèrent de leur reconnaissance envers les juifs, pour leur avoir permis de reconquérir Jérusalem. Ils les autorisèrent à s’y réinstaller en masse. Mais en 628, les Byzantins vainquirent les Perses. Les juifs reprirent alors provisoirement le chemin de l’exil, mais profitèrent bientôt de l’invasion arabe – 634-1099 – pour regagner leurs foyers. Les musulmans en effet furent toujours bien plus conciliants envers les juifs établis en Palestine que les chrétiens. Ils les regardaient, sans doute à tort, comme des alliés fidèles des conquérants arabes. Omar II (717-720) leur interdit certes certaines de leurs pratiques religieuses les plus condamnables et leur imposa le paiement d’un tribut foncier, mais les juifs, délaissant depuis toujours l’agriculture au profit d’occupations bien plus lucratives, étaient alors très majoritairement citadins. Leurs affaires n’en furent en rien gênées. La communauté juive de Ramleh prospéra. Tibériade devint un centre économique majeur, avec le développement du textile et de la tapisserie. Un nombre important de Karaïtes quittèrent au IXe siècle la Perse pour venir à leur tour s’établir à Jérusalem.

Durant la période des croisades – 1099-1291 – les juifs s’allièrent avec les musulmans contre les chrétiens. Ils s’exposèrent alors sur le sol de la Palestine, que les croisés voulaient délivrer des Sarrasins, à la destruction de leurs communautés. Beaucoup furent massacrés lors de la prise de Jérusalem. Ceux qui survécurent et qui n’avaient pas fui furent réduits en captivité. Une lourde rançon dut être réunie pour leur libération par les juifs établis ailleurs qu’en Palestine. La fin des croisades et la conquête mameluke – 1291-1516 – leur permirent de recouvrer leur prospérité. Aux XVe et XVIe siècles, l’étude de la Kabbale, qui s’était développée en Espagne au cours des siècles précédents avec la magie et la théurgie judaïques, prospéra, à Jérusalem sous la direction d’Isaac Louria, dit Ari, comme à Safed, dans les collines de la Galilée. Avec l’expulsion des juifs d’Espagne, de France et d’Allemagne, Safed devint un centre important où étaient cultivées la mystique et la démonologie, au travers des commentaires du Talmud. Le Choulkhan Aroukh, un code de lois judaïques, fut lui aussi composé par Joseph Caro à peu près au même lieu à cette même époque.

2.3. Les grandes vagues de messianisme. La renaissance du Hassidisme (VIIe sc.-XXe sc.).

La croyance en la venue prochaine d’un nouveau David restaurant la légendaire grandeur d’Israël, et vengeant les juifs de toutes les offenses subies en leur donnant la puissance sur toutes les nations, déjà entretenue par les écrits apocalyptiques de la période du second Temple, fut encore renforcée au VIIe siècle par l’éclosion de multiples sectes messianistes. Chaque vague de persécution dont des juifs pouvaient être les victimes venait immanquablement renouveler la croyance en la venue imminente du Messie : dans l’imaginaire des juifs, Yahvé ne pouvait mettre à l’épreuve son peuple élu sans bientôt lui offrir sa terrible vengeance, par compensation. Ainsi en fut-il en 1391 en Espagne chrétienne, ou à Smyrne au XVIIe siècle. Au début du XVIe siècle, les juifs d’Asie mineure et d’Europe suivirent massivement David Reuben et Shlomo Molcho, qui se prétendaient les héritiers des légendaires dix tribus perdues d’Israël, exilées en 720 avant J.-C., lors de la conquête assyrienne. Le second, un Marrane portugais, se fit circoncire et se convertit au judaïsme. Ayant prédit par chance une inondation et un séisme, il fut reconnu comme le Messie, et accueilli favorablement par le Pape, ce qui lui permis de retarder l’œuvre de l’Inquisition au Portugal. Ultérieurement condamné à mort par l’Inquisition, il obtint du Pape qu’un autre juif soit brûlé à sa place.

À la suite des massacres de Chmielnicki – 1648-1649 – Shabbetai Zevi fut à son tour vénéré comme le Messie que les juifs attendaient avec impatience et la plus grande ferveur. En 1665 et 1666, il parvint à gagner à sa cause des prophètes, dont Nathan de Gaza, et des foules entières. De nombreux juifs dans toute l’Europe et en Orient cédèrent leurs affaires et vendirent tous leurs biens pour le suivre. Shabbetai Zevi se convertit bientôt à l’islam, provoquant ainsi la désillusion de ses disciples. Certains cependant lui demeurèrent fidèles, interprétant la « descente de la conversion » comme étape nécessaire en vue de la montée – alya – en Terre promise et de la rédemption finale. Jacob Franck (1726-1791), un autre prétendu Messie, se convertit ultérieurement quant à lui au christianisme.

C’est dans ce contexte que s’inscrivit au début du XVIIIe siècle la renaissance du Hassidisme en Europe Orientale. Les Hassidim – les pieux – juifs traditionalistes violemment hostiles aux goyim, sont regardés alors avec méfiance par les juifs les plus modérés, surtout en ce qu’ils appellent, comme Shabbetai Zevi, les juifs partout dans le monde à vendre la totalité de leurs biens et à laisser là leurs activités les plus lucratives pour leur prêcher l’alya. Le Hassidisme s’intégra cependant bientôt dans les mentalités pour devenir un courant important de la spiritualité judaïque. Son fondateur, Israël Baal Shem (1700 ?-1760), le plus célèbre de ses adversaires, Elijah, comme Gaon de Vilna (Vilnus) (1720-1797), ne gagnèrent jamais la Terre promise. Certains de leurs disciples y parviendront, puis d’autres représentants du Hassidisme choisiront plutôt de se rendre en des contrées moins exposées : la Nouvelle Amsterdam, qui deviendra plus tard New York, ou l’Angleterre de Cromwell, où la présence des juifs fut à nouveau autorisée. Une synagogue sépharade fut fondée à l’emplacement même où se dresse l’immeuble Cunard à Londres, siège d’une célèbre compagnie maritime.

Le Hassidisme d’Europe orientale devait sa force d’expansion à la personnalité hallucinée de ses dirigeants d’une part, les rebbes, à la puissance de séduction qu’il exerçait sur les masses de l’autre. Cultivant l’espérance du petit peuple, dans un esprit festif, – les prières des Hassidim s’accompagnaient de chants et de danses – le Hassidisme encourageait au plus haut point la ferveur populaire, celle des simples d’esprit et des plus ignorants parmi les juifs. Leurs adversaires, les Mitnagdim – les opposants, en hébreu –, les accusaient de négliger l’étude de la Torah, de favoriser l’illettrisme, et de se conformer insuffisamment aux prescriptions particulièrement strictes du culte. Les Hassidim furent à plusieurs reprises tenus à l’écart des communautés juives traditionnelles, ce qui ne les empêcha pas pour autant de prospérer et d’influencer fortement la sensibilité religieuse des juifs.

C’est dans ce contexte que le yiddish s’enrichit progressivement de termes hébreux et slaves, et devint une langue littéraire. Jusque là, il n’existait dans cette langue que des prières à l’usage des femmes et des juifs peu instruits, ainsi que des récits inspirés de thèmes bibliques composés pour l’édification des enfants. La publication des Treize Paraboles du rebbe Nahman, à Bratislava – 1772-1811 – représente un tournant majeur, marquant la naissance de la littérature yiddish.

En Europe orientale, la majorité des juifs vivaient alors dans des bourgs – shtetl, en yiddish –, où ils formaient, avec les domestiques slaves des plus riches d’entre eux, la totalité de la population locale, refusant de se mêler aux nationaux et aux autres minorités locales. Au fil des siècles s’y développeront un mode de vie particulier ainsi que des traditions et des coutumes spécifiques, dont beaucoup de juifs âgés conservent encore aujourd’hui la nostalgie, pour les avoir connus durant leur enfance. L’étude du Talmud y fut considérablement développée durant le XIXe siècle. Des milliers d’étudiants démunis de tout, en Pologne, en Lituanie, en Russie, fréquentent les yeshivot – collèges tenus par les rabbins –. Le judaïsme les autorisant à s’abstenir de toute autre activité pour se consacrer entièrement à la lecture du Talmud, ils sont entièrement à la charge de leur communauté. Les yeshivot se chargent de leur entretien, levant régulièrement des fonds auprès des autres juifs pour subvenir à leurs besoins matériels.

L’expansion vers l’Est du national-socialisme contraindra les juifs à s’adapter. Les shtetl se vidèrent de leurs habitants, qui choisirent d’émigrer ou furent transférés, toujours plus à l’Est, et plusieurs de ces yeshivot se reconstituèrent alors dans l’État d’Israël.

2.4. L’émancipation des juifs (XVIIIe-XIXe sc.).

Vers la fin du XVIIIe siècle, sous l’influence de la franc-maçonnerie, entreprise occulte elle-même initiée par des juifs, se firent jour en Amérique et en Europe occidentale des idées nouvelles tendant à favoriser l’émancipation de tous les juifs et à leur reconnaître des droits identiques à ceux des nationaux. Ce fut la Haskala – le mouvement des Lumières, en hébreu "libéralisation" –. Le phénomène prit naissance aux États-Unis, où le Virginia Statute of Religious Liberty, entré en vigueur en 1786, garantit aux juifs une totale liberté de culte, édictant que « ni les opinions religieuses, ni les croyances ne doivent restreindre, accroître [sic. !] ou affecter, de quelque manière que ce soit, les droits civiques ». La Constitution fédérale de 1787 stipulera que l’exercice des fonctions publiques sera dorénavant autorisé sur la seule base des qualifications requises, excluant toute discrimination religieuse.

En Europe, en 1806, Napoléon Bonaparte convoqua une Assemblée constituée de notables juifs, devenue en 1807 un Sanhedrin – appellation traditionnelle de l’ancienne Cour de justice de Jérusalem – réunissant des délégués juifs de France, d’Allemagne et d’Italie. Il fut proposé aux juifs de leur reconnaître l’égalité des droits civiques avec les nationaux, bien que ceux-là se considèrent eux-mêmes comme des étrangers dans leurs pays d’accueil, au motif allégué, quoique fallacieux, que leur religion leur prescrirait la fidélité à l’État dans laquelle ils ont élu leur résidence.

En Allemagne, les régions conquises par les troupes napoléoniennes, notamment la Westphalie, sont les premières dans lesquelles les juifs furent émancipés. En 1812, ce fut le tour des juifs de Prusse. Les assignations de zones de résidence, les limitations se rapportant aux activités de commerce sont abrogées, et les taxes spéciales supprimées au bénéfice des juifs. Des organisations juives sont créées. Elles proposèrent de substituer à titre provisoire l’hébreu au yiddish pour contraindre les juifs à parler la langue du pays où ils se trouvaient établis. Des écrivains, tel Moïse Mendelssohn, puis sa fille aînée, Dorothea von Schlegel, et même des rabbins, tel Abraham Geiger, font campagne en faveur de l’éducation laïque des juifs et de l’apprentissage des métiers techniques, non sans soulever l’opposition des rabbins orthodoxes, violemment réticents au rationalisme de l’époque, y voyant la pernicieuse influence du modernisme sur l’esprit religieux traditionnel.

En 1871, dans tout l’empire prussien, l’égalité des droits fut accordée aux juifs. En Angleterre, un Rothschild, Lionel Nathan, fut en 1858 pour la première fois élu au Parlement.

2.5. Les pogromes (XIXe-XXe sc.).

Cependant en Ukraine, en Russie, en Pologne et dans les pays baltes, malgré la Haskala, les populations locales continuaient à voir dans les juifs, non sans raison, la source première de leur misère et de leurs malheurs. Dans nombre de pays d’Europe orientale, les juifs avaient su en effet conquérir des positions sociales élevées, et dans leur soif de gain matériel ne se privaient pas de pressurer et d’exploiter sans scrupules les paysans pauvres, les contraignant souvent au désespoir. Ces derniers réagirent violemment, encouragés dans leur esprit de vengeance par les prêtres orthodoxes, avec l’appui des Tsars. C’est alors que se déclarèrent les grands pogromes de la fin du XIXe siècle.

En 1881, sur la base d’une rumeur qui les accusaient d’avoir assassiné le Tsar, plus de trente villes d’Ukraine se soulevèrent contre les juifs, notamment Kiev. À Noël, ce fut au tour des juifs de Varsovie d’être victimes de la haine populaire, puis à Pâques à ceux des pays baltes. En 1883 éclata une nouvelle vague de pogromes. En 1891 et 1892, les juifs furent expulsés de Moscou. En 1903, 45 juifs furent tués par la foule, et des centaines d’entre eux blessés à Kichinev. La même année, on comptabilisa plus de 300 morts juifs et des milliers de blessés à Odessa. Sous la pression populaire, la Douma fut même contrainte d’ajourner le débat portant sur la question de la suppression des zones de résidence imposées aux juifs. Elle rejeta toutefois la proposition d’exempter les juifs de service militaire, au motif que l’État ne pouvait alors se passer du secours des 40.000 juifs mobilisés. En octobre 1905, un pogrome éclata encore à Yekaterinoslav – Knepropetrovsk, en Ukraine –. Le dernier grand pogrome eut lieu encore après la guerre en Pologne, en juillet 1946 à Kielce, les juifs, se posant en victimes privilégiées du national-socialisme, entendant alors reconquérir avec leur arrogance caractéristique toutes les positions de pouvoir qu’ils avaient perdues durant la guerre, provoquant l’ire de la population polonaise à leur encontre.

En 1913, à Kiev, un procès public eut un retentissement particulier. Comparaissait le juif Mendel Beilis, accusé de crime rituel sur la personne d’un enfant chrétien. De talentueux avocats juifs parvinrent à le disculper, et il fut finalement acquitté par un jury populaire constitué de douze paysans russes soudoyés pour l’occasion.

La réaction aux pogromes des éléments juifs les plus virulents fut de rejoindre les forces révolutionnaires anti-tsaristes, qui se confondaient souvent avec les groupements nationalistes juifs. Le fait que la majorité des commissaires politiques bolcheviques se soient ultérieurement recrutés parmi les juifs fait souvenir de cette époque. Une grande vague d’émigration juive de Russie vers les États-Unis fit passer la population juive de 280.000 en 1880 à 4.500.000 en 1925. Des mouvements sionistes virent simultanément le jour, tel le Bilou en 1882.

En 1917, les juifs de Russie, particulièrement actifs au cours de la révolution bolchevique, obtinrent à leur profit l’égalité des droits avec les nationaux. Toutes les assignations de zones de résidence furent partout abolies. L’usage du yiddish, les manifestations du nationalisme juif, furent encouragés, quoique dans un sens laïc, l’athéisme d’État étant incompatible avec la pratique au grand jour des rites du judaïsme.

2.6. Les débuts du sionisme politique (XIXe-XXe sc.).

Confortés par la tradition messianiste, les juifs, après la destruction du second Temple – 70 après J.-C. –, n’avaient jamais perdu l’espoir de revenir massivement en Terre promise. La nostalgie de la vie juive en Palestine était constamment exprimée dans les prières quotidiennes comme dans la poésie judaïque, ainsi dans l’œuvre de Juda Halevy, qui tenta son alya en 1140.

Les rabbins Zevi Hirsch Kalischer (1794-1874) et Juda Alkalaï (1798-1878), d’autres encore, s’efforcèrent de réunir les fonds indispensables en vue du financement de l’émigration vers la Palestine des communautés juives du monde entier. Leur montant devait être logiquement tout à fait considérable. On ignore ce qu’est par la suite devenu tout cet argent. Le courant du nationalisme juif laïc, incarné par Moïse Hess (1712-1875), eut bien davantage de succès.

Dès la fin du XIXe siècle en Russie, les principes et modalités de l’organisation du futur État des juifs furent âprement discutés. Theodor Herzl (1860-1904), régissant vivement à l’affaire Dreyfus en France – 1894-1906 – donne au sionisme sa dimension proprement politique. Puisque partout dans le monde les juifs sont en bute à l’hostilité et même la haine de tous les peuples[6], il conviendrait qu’ils se rassemblent en un lieu où la sécurité pourrait leur être garantie, se disait-il. Il ne voyait de solution à la question juive que dans l’établissement d’un État pour Israël sur la terre de Palestine. En 1897, Theodor Herzl fit convoquer le premier congrès sioniste à Bâle. Des délégués des communautés juives venus du monde entier lancèrent des appels à une émigration massive des juifs en Palestine, alors administrée par les Turcs. Les juifs sionistes les plus influents parvinrent à obtenir des gouvernements européens l’appui et les soutiens financiers nécessaires à leur entreprise. L’établissement de colonies juives en Palestine et l’immigration juive sont encouragés. Theodor Herzl, devenu ainsi une icône nationale, vit même ultérieurement son cadavre exhumé, et enterré à nouveau à Jérusalem en août 1949.

En 1917, Haim Weizmann parvint à extorquer au gouvernement britannique la Déclaration Balfour. Celle-ci stipulait que la Grande Bretagne soutiendrait inconditionnellement « l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif ». Comme les Anglais se trouvaient en cours de tractations pour l’obtention, après la première guerre mondiale, d’un mandat de gouvernement sur la Palestine, il semblait alors que le projet sioniste fut en bonne voie de se concrétiser.

Dès 1920 en Palestine, le Vaad Léumi – Conseil national juif – et le Grand Rabbinat, avec à sa tête le rabbi Abraham Isaac Kook, furent fondés. La population juive ne cessa de s’accroître par afflux de nouveaux migrants : de 160.000 juifs dans les années 1920, elle passa à 250.000 en 1933, puis 500.000 en 1939. Des villages entiers furent vidés de leurs habitants arabes pour permettre l’établissement de plus de 150 colonies juives, fermes collectives[7]kibboutzim – ou agglomérations juives, provoquant, par réaction, des attaques constantes des nationaux, en 1921, en 1929, 1933, et entre 1936 et 1938, qui n’entendaient pas se laisser déposséder de leurs terres au profit des juifs. Leurs buts étaient avant tout de créer un état d’insécurité et de dissuader l’installation de nouveaux colons juifs, les inciter à repartir. Les juifs ne cessèrent cependant d’agrandir leurs possessions en Palestine, achetant constamment des terres à très bas prix, en confisquant d’autres, ruinant les exploitations agricoles arabes, et répondirent par la violence à leurs voisins arabes. Une ligue de défense juive, la Hagana, fut créée, pratiquant ouvertement le terrorisme et de sanglantes opérations de représailles. Malgré les difficultés économiques rencontrées, l’isolement géographique, et l’insécurité permanente qu’ils subissaient, les juifs parvinrent à s’accrocher durablement en Palestine.

En 1936, à la suite d’un vaste mouvement de révolte arabe dirigé contre la présence des juifs, le gouvernement britannique nomma une commission royale sous la direction de Lord Peel, chargée du règlement du conflit entre les juifs et les arabes. Celle-là préconisa une solution à deux États ainsi que le non partage de Jérusalem, solution encore aujourd’hui prônée par tous ceux qui ne s’opposent plus ou ont renoncé à s’opposer à la présence des juifs en Palestine. Le Haut Comité arabe la rejeta. Entre 1936 et 1939, 517 colons ou terroristes juifs furent tués, notamment entre juillet et octobre 1938. Le gouvernement britannique reconnut enfin les droits des arabes. Le Livre Blanc de 1939 limita l’immigration juive en Palestine et l’extorsion de terres par des juifs.

Tous les juifs ne furent pas, loin de là, séduits par le projet sioniste. Leur matérialisme étroit les faisait plutôt rechercher les conditions d’une existence autrement plus facile et confortable. C’est ainsi que des masses considérables de juifs immigrèrent aux États-Unis à la fin du XIXe siècle. Ils y établirent rapidement des institutions philanthropiques et des établissements d’enseignement, ce qui permit à beaucoup de juifs, arrivés pauvres dans le pays, peu instruits, et qui pratiquaient toutes sortes de petits métiers, tailleurs, casquettiers, fourreurs, colporteurs, etc., de connaître à leur tour une rapide ascension sociale. Tous s’adaptèrent rapidement au mode de vie américain, et quittèrent bientôt les bas quartiers des grandes agglomérations de la côte Est pour se disperser dans tout le pays, sans pour autant s’intégrer totalement à la population, mais conquérant rapidement toutes les positions de pouvoir. À côté des synagogues réformées, les plus nombreuses, se développa un mouvement religieux conservateur, s’attachant à préserver les aspects les plus formalistes et traditionnels du judaïsme contre toutes les séductions de l’American way of life. La recherche de l’argent facile, la volonté d’enrichissement rapide des uns et des autres, firent force de loi. Entre les grossistes et commerçants, les banquiers et financiers, les syndicalistes et hommes de loi, les diamantaires et gangsters juifs, le lien d’appartenance communautaire ne faiblit pas. La volonté du gouvernement américain de limiter en 1924 l’immigration aux États-Unis en provenance d’Europe de l’Est n’y changea rien : en 1940, la très grande majorité des juifs d’Amérique étaient déjà nés dans le pays.

 

3. L’époque contemporaine.

3.1. La réaction allemande contre les juifs. L’avènement du national-socialisme.

L’Allemagne sortit particulièrement éprouvée de la première guerre mondiale. Le blocus des alliés durant les derniers mois de la guerre, l’effondrement de l’économie qui s’ensuivit, les exigences des "réparations", les surenchères régulièrement élevées par les vainqueurs, puis l’inflation galopante et le chômage généralisé précipitèrent le peuple allemand dans la famine et la misère. De surcroît l’agitation spartakiste guidée depuis l’étranger à la faveur de la révolution bolchevique provoquait dans les villes un climat d’insécurité galopante. Dans le contexte général de paupérisation croissante, les juifs firent rapidement figure d’ennemis du peuple. Majoritairement propriétaires, financiers, banquiers ou commerçants, les conséquences de la crise les épargnaient largement. Il apparut en outre assez rapidement que la politique économique menée par le gouvernement de Weimar était nettement en leur faveur. L’assassinat du ministre juif Walther Rathenau le 24 juin 1922 fut déterminant dans la prise de conscience de la situation réelle par leurs opposants.

Adolf Hitler, qui durant toute la période de la lutte pour la conquête du pouvoir contre les très nombreux adversaires du national-socialisme, n’avait jamais fait mystère d’en finir avec la tyrannie judaïque et l’exploitation du peuple par les juifs, fut nommé Chancelier en 1933. Immédiatement diabolisé, et pour l’éternité désigné à la vindicte des juifs du monde entier, il fut presque aussitôt mis au ban des dirigeants politiques jugés fréquentables par la communauté internationale. Depuis les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, les juifs les plus influents s’entendirent à développer toute une propagande haineuse à l’encontre de la nouvelle Allemagne et du peuple allemand. En appelant d’abord à une guerre économique sans relâche contre l’Allemagne, au boycott de tous les produits allemands, ils parvinrent progressivement à soudoyer la plupart des grandes puissances pour les convaincre de s’allier dans un nouveau conflit armé, dans le but avoué de l’extermination du peuple allemand. L’Allemagne était selon eux tous irrémédiablement coupable, pour avoir voulu envisager son propre destin sans les juifs.

La nouvelle Allemagne était dès lors contrainte de suivre son propre chemin. Elle le suivit en faisant résolument le choix du socialisme. Le nombre de chômeurs fut bientôt voisin de zéro. Hitler parvint à faire ce qui paraissait alors impossible, en période fortement inflationniste : imposer dans toute l’Allemagne la stabilité des prix. En peu de temps, le peuple allemand eut à nouveau du pain et du travail, et bénéficia même d’une politique sociale particulièrement avancée, encore aujourd’hui inégalée, en même temps que de la progression constante des revenus réels. La très grande majorité des Allemands obtinrent d’accéder à un niveau de vie bien supérieur à tout ce dont ils avaient pu rêver.

Par réaction aux pressions hostiles à l’Allemagne des juifs du monde entier, et aux relations privilégiées que les juifs établis dans le pays continuaient à maintenir avec eux, le nouveau régime fut bientôt contraint de leur conférer le statut d’ennemis de l’État. Les juifs furent alors incités à émigrer, et progressivement dépossédés de leurs insolentes fortunes et de leurs œuvres d’art au profit de l’État, les riches entreprises juives aryanisées. Des tractations eurent lieu avec les autorités d’occupation anglaise en Palestine comme avec les autres puissances alliées afin de les convaincre d’accueillir des quotas de nouveaux immigrés juifs, mais en vain, l’Allemagne entendant se débarrasser de ses juifs, alors que les alliés voulaient de leur côté garder leurs frontières fermées à tout nouvel afflux de juifs. La conquête par l’Allemagne de nouveaux territoires toujours plus à l’Est exigea la réouverture provisoire des anciens ghettos, en l’attente d’une solution territoriale mieux adaptée à la question juive.

3.2. Le génocide allégué des juifs.

Il est devenu particulièrement difficile aujourd’hui, paradoxalement, alors que la période n’est pas si éloignée, de démêler le vrai du faux concernant le sort des juifs en Allemagne et dans les territoires conquis par l’Allemagne. L’historiographie officielle affirme que près de six millions de juifs périrent, massivement gazés dans des installations dédiées de ce qui fut par la suite rebaptisé camps d’extermination. En réalité, la plupart des Allemands furent tout à fait surpris après la guerre de l’ampleur du génocide allégué. Certains faits sont cependant incontestables.

D’abord, des juifs vécurent au grand jour en Allemagne sans être excessivement inquiétés, et ce jusqu’à la fin de la guerre[8]. Des cartes d’alimentation établies à leur usage, et qui furent honorées jusqu’en 1945, en témoignent encore aujourd’hui. D’autres, quoique détenus dans des camps en tant qu’ennemis de l’État, et contraints au travail, furent cependant correctement nourris et soignés jusque dans les derniers mois de la guerre. Les juives enceintes détenues n’étaient, contre toute logique exterminationniste, aucunement contraintes d’avorter, et nombre d’enfants juifs naquirent ainsi dans les camps, qui se réunissent encore aujourd’hui régulièrement dans l’État d’Israël. Malgré la sous-alimentation des derniers mois de la guerre, conséquence des bombardements massifs des alliés, notamment des industries et des voies de communication ferroviaires, les ravages des épidémies de typhus, les évacuations forcées des dernières semaines, durant l’hiver et à pied, un nombre important de juifs survécurent à la déportation et à la détention. D’autres encore revinrent bien vivants après la guerre, qui avaient été portés disparus par erreur. Les statistiques, notamment celles constituées pour Yad Vashem, furent régulièrement trafiquées[9], et les causes réelles de la mortalité des juifs durant cette période s’avèrent pour le moins douteuses : à côté de juifs qui furent réellement exterminés par les gaz, dans des chambres de désinfection ou des camions qui furent peut-être à titre expérimental détournés à cette fin, combien de juifs furent-ils fusillés, disparurent-ils au front – au moins 40.000 juifs s’engagèrent dans l’armée britannique durant la guerre –, moururent de sous-alimentation, de diverses maladies, par suite d’autres causes naturelles, notamment dans les ghettos, ou parvinrent à trouver refuge ailleurs : en URSS, en Iran même, ou jusqu’en Nouvelle Zélande ? Combien de juifs furent-ils massacrés à cette époque, non par les Allemands, mais par les Russes ? Déportés par eux toujours plus à l’Est, où ils disparurent finalement dans les camps de Sibérie ? Des historiens sont-ils parvenus à reconstituer la carte exacte des camps de l’Est, incluant non seulement les camps allemands, mais aussi tous ces camps de transit bolcheviques, dont l’emplacement est encore aujourd’hui incertain, et où un nombre indéterminé de juifs trouvèrent la mort ?

Le contentieux permanent entre les juifs et le peuple allemand[10], le fait que l’histoire contemporaine ait été depuis lors constamment réécrite d’un point de vue toujours plus shoah-centré, que les amalgames les moins justifiés soient régulièrement imaginés de manière à abuser volontairement le public – ainsi, les exactions, inévitables en temps de guerre, des Einsatzgruppen sur le front de l’Est sont désormais désignées sous le nom de shoah par balles[11] ! – rendent de plus en plus difficile l’établissement de la vérité historique. Si les communautés juives de l’Est de l’Europe furent presque totalement démantelées, en Pologne, en Hongrie, en Lituanie, en Roumanie, il est revanche établi que, malgré les demandes insistantes des juifs, jamais les alliés n’ont voulu bombarder les camps, alors que ni la suprématie aérienne ni les moyens militaires ne leur manquaient pour ce faire. Probablement refusèrent-ils alors de se laisser abuser par leur inlassable propagande exterminationniste.

Après la guerre, les nombreux survivants juifs furent rassemblés dans d’autres camps, ceux-là établis par les alliés, et dédiés aux réfugiés, rescapés et individus déplacés. À l’intérieur même de ces camps, ils comprirent très rapidement l’intérêt qu’ils avaient à s’organiser et à adopter la posture du bouc émissaire, de manière à obtenir leur transfert en Palestine. La Grande-Bretagne cependant, forte de son mandat de gouvernement, limita rigoureusement leur immigration. Grâce à leurs réseaux clandestins, des milliers de juifs parvinrent néanmoins à entrer irrégulièrement en Palestine. Les juifs interceptés par les autorités britanniques étaient quant à eux, soit internés à Chypre, soit renvoyés par mer à leur port d’origine.

3.3. La fondation de l’État d’Israël.

En 1942, en pleine guerre, les délégués sionistes adoptèrent le programme de Biltmore, exigeant la fondation d’un État juif en Palestine. De son côté, la Hagana s’efforça en Palestine de favoriser l’immigration clandestine des juifs, incluant bientôt les nombreux survivants du génocide. Avec l’Irgoun Tsevai Leoumi et le Lohamei Herout Israël, ces groupements terroristes multiplièrent les attentats contre les Anglais, dirigés sans discernement contre des cibles civiles autant que militaires. En 1945 et 1946, ils s’unirent au sein du Mouvement de Résistance juive. Sous leur pression, le gouvernement américain, avec le soutien du Président Truman, recommanda aux autorités anglaises d’autoriser l’immigration de 100.000 juifs supplémentaires. Les Anglais refusèrent. Par dépit, la Hagana intensifia ses actions terroristes, faisant notamment sauter la totalité des ponts qui reliaient la Palestine aux États voisins. Le gouvernement britannique fit alors condamner et exécuter sept terroristes de l’Irgoun et du Lehi. L’Irgoun lui répondit par la torture et la pendaison sommaire de deux sergents de l’armée britannique. La Grande Bretagne en appela à une résolution pacifique du problème juif sous les auspices de l’ONU.

Le 29 novembre 1947, sous l’influence notamment de l’opinion publique mondiale, émue par le drame de l’Exodus – un vieux bateau ainsi rebaptisé, chargé de réfugiés juifs rescapés du génocide, contraint de reprendre le large après avoir touché les côtes de Palestine –, l’Assemblée Générale des Nations Unies adopta la résolution 181 autorisant l’établissement de deux États, l’un juif et l’autre arabe, en Palestine. Aussitôt, les nations arabes voisines déclarèrent qu’un tel démantèlement de la nation palestinienne au profit des juifs était inacceptable, et qu’elles s’opposeraient par la force à sa mise en application, de même que la Grande-Bretagne, refusant elle aussi de coopérer avec l’ONU à sa mise en œuvre, et annonçant son retrait définitif de la Palestine le 15 mai 1948.

3.4. La guerre d’indépendance (1948-1949).

Le 14 mai 1948, au cours d’une réunion dédiée du gouvernement provisoire des juifs, David Ben Gourion donna lecture de la Déclaration d’Indépendance, proclamant officiellement et publiquement la naissance de l’État d’Israël. Presque aussitôt, dès le 15 mai, les forces armées de cinq des États voisins se mirent en mouvement dans le but de libérer leurs frères palestiniens de l’occupation sioniste. Tel-Aviv fut bombardée par l’aviation égyptienne. Mais l’avancée des troupes au sol fut un désastre : après avoir coupé en deux le Néguev, l’infanterie égyptienne fut arrêtée par des bandes de colons armés à une trentaine de kilomètres seulement de la capitale des juifs. À l’Est, l’offensive de la Légion arabe de Jordanie appuyée par les Irakiens se déroula plus favorablement. Les collines de Judée, toute la partie Est de Jérusalem, incluant la vieille ville, dont le quartier juif, furent rapidement prises. Jérusalem fut assiégée et bombardée sans relâche. Ce fut au prix de lourdes pertes que les juifs parvinrent à élargir un corridor vital pour eux, de Jérusalem jusqu’à la côte.

La grave erreur des États arabes fut alors d’accorder aux juifs une trêve de quatre semaines, entre le 15 mai et le 11 juin 1948, ce qui leur permit de s’organiser et de développer leurs moyens en vue d’une contre-offensive qui fut décisive. Les juifs prirent les villes de Lydda et de Ramleh, ce qui eut pour effet de leur ouvrir toute grande la route de Jérusalem. La ville palestinienne de Nazareth, et avec elle toute la basse Galilée, furent conquises. Seule la vieille ville de Jérusalem résista encore aux tentatives des juifs de la conquérir. Au Sud, l’offensive d’octobre, décidée après le second cessez-le-feu du 19 juillet 1948, leur permit de percer la ligne de front tenue par les troupes égyptiennes. Celles-ci furent contraintes de se retirer. Les harcelant sur leurs arrières, les juifs parvinrent à encercler une armée arabe, à occuper une partie des collines de Judée, puis à la fin de l’année 1948 à s’avancer profondément dans le Sinaï, jusqu’à El Arish et Rafiah. La pression internationale initiée par les États-Unis et la Grande-Bretagne imposa toutefois aux juifs le retrait de leurs troupes du Sinaï.

Entre novembre 1947 et octobre 1948, 800.000 Palestiniens, sur les deux millions d’habitants que comptait alors la Palestine, furent chassés de leurs terres, devenant très majoritairement des réfugiés, pour 750.000 d’entre eux.

En février 1949, un armistice fut signé à Rhodes entre les juifs et les Égyptiens. En mars de la même année, la Légion arabe accepta d’évacuer Eilat, ce qui permit aux troupes israéliennes d’envahir aussitôt et d’occuper la ville sans rencontrer la moindre résistance. D’autres accords d’armistice furent ultérieurement signés avec la Jordanie, le Liban et la Syrie. En revanche, l’Irak et l’Arabie Saoudite, non engagés par de tels accords, sont officiellement toujours en guerre avec l’État des juifs. Et les États arabes se refusèrent tous, au moins dans un premier temps, à signer un quelconque traité de paix avec les juifs, de manière à ménager une porte de sortie en faveur du peuple palestinien. De leur côté, les juifs maintinrent des pressions constantes pour obtenir l’accueil par les États arabes voisins des nombreux réfugiés que la guerre avait faits, rassemblant bientôt les Palestiniens dans des camps de transit, dans le but de créer artificiellement un État racialement homogène destiné aux seuls juifs. En 1950 fut promulguée la loi du retour, autorisant l’établissement dans le nouvel État de tout juif quel que soit son lieu de naissance.

C’est alors que la Ligue arabe décréta le boycott des produits israéliens, puis, à la suite d’une résolution favorable de l’ONU, l’accès du canal de Suez, en territoire égyptien, aux navires battant pavillon israélien. En 1956 fut créé un Commandement arabe unifié, soutenu par l’U.R.S.S. Un corps expéditionnaire international, sous l’égide de la France et de la Grande-Bretagne, fut organisé au soutien d’Israël, et débarqué à Port-Saïd, qui n’eut cependant pas à intervenir, l’armée d’Israël attaquant aussitôt les forces égyptiennes dans la bande de Gaza et la péninsule du Sinaï. La campagne du Sinaï dura huit jours. En mars 1957, l’État d’Israël, ayant reçu certaines garanties de la part des États-Unis, et gêné par la présence d’une force d’interposition envoyée par l’ONU dans le Sinaï, décida le retrait de ses troupes. En 1967, la Syrie décida à son tour le bombardement de villages juifs frontaliers et l’envoi d’éléments infiltrés. L’Égypte réclama et obtint en mai 1967 le retrait des casques bleus stationnés depuis dix ans dans le Sinaï, et ferma à toute circulation maritime la seule voie d’accès au port israélien d’Eilat, le détroit de Tiran, dans le but d’asphyxier le commerce juif. Ce fut le début de la guerre des Six Jours.

3.5. La guerre des Six Jours (5 juin 1967-10 juin 1967).

Dès les vingt-quatre premières heures qui suivirent le déclenchement des hostilités, l’aviation israélienne détruisit au sol la quasi-totalité des appareils arabes, donnant ainsi à Israël la supériorité totale dans les airs. À la suite du refus de la Jordanie d’observer la neutralité exigée par le général Moshe Dayan, des troupes héliportées furent envoyées en territoire jordanien, à l’est de Jérusalem, et simultanément sur Abou Agheila, près de la frontière du Sinaï, bientôt appuyées par des colonnes blindées. Malgré une contre-offensive qui s’avérait favorable, l’Égypte accepta un cessez-le-feu devant entrer en vigueur le 9 juin à 4h 35. De son côté, le gouvernement syrien avait accepté l’arrêt des hostilités dès le soir du 8 juin. Israël persista cependant dans la poursuite de son offensive, conquérant le Sinaï jusqu’au canal de Suez, le plateau du Golan, toute la partie est du Jourdain, ainsi que la vieille ville de Jérusalem, laquelle est toujours restée depuis lors sous domination juive, quoique très majoritairement peuplée de non juifs. La plainte du gouvernement syrien auprès du Conseil de sécurité de l’ONU étant demeurée sans suite, la Syrie reprit le combat, mais perdit douze avions dans des combats aériens, avant l’arrêt définitif de la guerre, le 10 juin 1967 à 6h 30.

Le 22 novembre 1967 fut adoptée la résolution 242 du Conseil de sécurité des Nations-Unies. Elle imposait le retrait de l’armée des juifs des territoires occupés, la reconnaissance et le respect par Israël de l’intégrité territoriale et de l’indépendance politique de chacun des États de la région, leur droit de vivre en paix dans des frontières sûres et reconnues, dégagées de toute menace ou tout acte de violence, la reconnaissance par Israël de zones démilitarisées, et une juste solution au problème des réfugiés, résolution dont l’État des juifs ne tint aucun compte.

Après la victoire éclair israélienne, l’immigration des juifs en Palestine s’accrut considérablement. Déjà en 1958, la population juive était passée de 650.000 à 1,8 millions. Elle s’accrut encore davantage entre 1956 et 1962 par suite de l’immigration des juifs fuyant l’Afrique du Nord, au moment où le Maroc, la Tunisie, puis l’Algérie accédèrent à l’indépendance. Entre 1967 et 1972, sous l’effet de l’image favorable dont bénéficiait Israël auprès des juifs du monde entier à la suite de la guerre des Six Jours, 30.000 juifs immigrèrent en Palestine en provenance des États-Unis. Près de 45.000 juifs venus de Russie obtinrent en 1968 le droit de s’installer sur le territoire accaparé par l’État d’Israël.

3.6. Les débuts de la « seule démocratie » du Proche-Orient.

Depuis sa naissance, l’État d’Israël apparaît au jugement des juifs comme une citadelle assiégée et un bastion avancé de l’Occident au milieu de puissances arabes qui lui sont largement hostiles. Par comparaison avec les gouvernements des pays voisins, Israël se vante d’incarner la « seule démocratie » du Proche-Orient. En réalité, cette prétendue démocratie n’est à l’usage que des seuls juifs, les Palestiniens, Druzes ou chrétiens n’ayant de droits qu’en tant que minorités soumises, et le statut de citoyens de seconde zone. La survie de l’État illégitime des juifs sur la terre de Palestine lui est temporairement garantie par sa puissance militaire et ses capacités de mobilisation permanente de la population juive. Israël est depuis la naissance de l’État du même nom une nation en armes, dotée d’une armée particulièrement puissante – désignée par les juifs sous le nom de Tsahal – et pourvue des équipements les plus modernes, grâce aux transferts de capitaux et de moyens militaires au profit d’Israël, mais aussi à l’innovation permanente opérée dans les domaines technologiques intéressant la défense. Les entreprises israéliennes sont en effet particulièrement en pointe en matière d’électronique et d’informatique militaire, de recherche médicale ou de télécommunications. Dans les territoires occupés de Cisjordanie, le quadrillage et le contrôle permanent des populations palestiniennes est assuré par les colonies juives et leurs voies de communication. Les forces de police israéliennes bénéficient de l’appui de milices supplétives fournies par les colons. Et la bande de Gaza, les implantations palestiniennes de Cisjordanie, le plateau du Golan, toute la région du Sud Liban même, fournissent à l’armée des juifs un champ d’expérimentation idéale lui permettant de se maintenir à un haut niveau d’efficacité.

En janvier 1949, en pleine guerre d’indépendance, eurent lieu les premières élections des 120 membres de la Knesset, renouvelées depuis tous les quatre ans. Le premier gouvernement israélien élu entra immédiatement dans l’exercice de ses fonctions. Dirigé par David Ben-Gourion, il se fondait déjà sur une coalition parfaitement hétéroclite, dans laquelle les partis ultra-nationalistes et les partis religieux juifs exercèrent depuis une influence croissante, leur soutien, le plus souvent âprement négocié, s’avérant indispensable à l’établissement d’une majorité. Haïm Weizmann (1948-1952) fur le premier Président de l’État, avant Yitzhak Ben-Zvi (1952-1963), puis Zalman Shazar.

Dès les premières élections prétendument « démocratiques », les Palestiniens n’eurent droit d’élire qu’un nombre limité de députés, de manière à accréditer l’idée auprès de l’opinion internationale qu’ils ne formaient prétendument qu’une « minorité arabe ».

En 1958, le mouvement d’extorsion des terres agricoles au profit des seuls juifs s’accrut encore : 400 nouveaux établissements juifs furent fondés, venant multiplier par 2,5 la superficie des terres dorénavant et le plus souvent cultivées par des Palestiniens pour le compte des juifs. Ces derniers détournèrent encore nombre de cours d’eau, incluant le Jourdain dans le sud du désert du Néguev, et créèrent des canaux d’irrigation, multipliant ainsi par quatre la surface des terres irriguées, de manière à reconstituer à grands frais une sorte de Californie au Proche-Orient. Par réaction fut fondée en 1964 l’OLP, se donnant pour buts l’unification et l’intensification de la résistance contre l’occupation illégitime de la Palestine par les juifs, dont Yasser Arafat devint en 1969 le leader.

L’État des juifs, surtout après la récession économique de 1965 à 1967, qui détermina l’émigration – yeridah, en hébreu, la descente – des juifs les plus riches, bénéficia d’un transfert massif de capitaux, de prêts, et d’investissements en bons du Trésor israéliens. Déjà entre 1951 et 1960, il avait bénéficié de subventions et de capitaux pour un montant de 1,5 milliards de dollars, pour l’essentiel en provenance des États-Unis. La RFA fournit aussi sans contrepartie à Israël toutes sortes de marchandises et de produits manufacturés, à titre de réparations pour les biens juifs spoliés durant la seconde guerre, pour un montant de 845 millions de dollars. Depuis lors, la manne financière versée annuellement au profit d’Israël ne se tarit pas. L’État des juifs bénéficie depuis toujours d’un afflux considérable de capitaux en provenance des juifs du monde entier, de revenus de transfert – retraites et prestations diverses versées à des juifs officiellement établis en Israël – et d’aides diverses, de la part du gouvernement des États-Unis principalement, mais aussi, plus discrètement, de l’Union Européenne, ce qui a pour effet de maintenir artificiellement l’économie israélienne sous perfusion constante. On peut à bon droit considérer que ce sont le contribuable américain et le salarié allemand qui payent encore aujourd’hui pour le maintien d’un État juif en Palestine.

3.7. L’histoire récente de l’État d’Israël (1969-2009).

En 1969, devant le Sommet arabe, le Président Nasser refusa une nouvelle guerre avec Israël, ce qui détermina en septembre 1970 un conflit entre les Palestiniens et les Jordaniens, les seconds étant alliés avec l’Égypte. Ce fut Septembre noir. Les Fedayin palestiniens, bénéficiant du soutien de la Syrie, tentèrent d’assassiner le roi Hussein de Jordanie, déterminant les offensives de l’armée jordanienne, avec la complicité d’Israël, contre les camps de réfugiés de Amman et Irbid entre le 17 et le 27 septembre 1970. Le 13 octobre, les accords d’Amman, signés entre Yasser Arafat et Hussein de Jordanie, mirent un terme au conflit syro-jordanien.

Le 4 septembre 1972 vit la célèbre prise d’otages des athlètes israéliens lors des jeux olympiques de Munich. Onze juifs furent assassinés par un commando palestinien.

Entre les 6 et 24 octobre 1973 éclata la guerre du Kippour. L’Égypte et la Syrie lancèrent une attaque coordonnée contre Israël, l’Égypte par le Sinaï, la Syrie sur le plateau du Golan, conquis par Israël en 1967, et d’une importance vitale, puisque de son contrôle dépendent toutes les ressources en eau du Nord de la Palestine. Une contre-offensive israélienne due au Général Sharon coupa la retraite à l’armée égyptienne, qui fut alors contrainte à la reddition. Sous la pression des États-Unis, l’Égypte fut contrainte à signer les accords de Camp David avec Israël.

Le 22 octobre 1973, l’ONU adopta la résolution 338, réaffirmant la résolution 242 du 22 novembre 1967, adoptée à la suite de la guerre des Six Jours, confirmant les droits du peuple palestinien, et appelant tous les États de la région à un cessez-le-feu immédiat et à des négociations en vue « d’instaurer une paix juste et durable au Moyen-Orient ». L’offensive israélienne se prolongea cependant jusqu’au 25 octobre, déterminant par réaction l’OPEP à décider une hausse du prix du pétrole et à faire cesser les exportations en direction des pays ayant officiellement apporté leur soutien à Israël. Ce fut le début du choc pétrolier de 1973.

Le 17 octobre 1975, l’Assemblée générale de l’ONU vota la résolution 3379 qui assimilait le sionisme au racisme. Israël parvint par la suite, lors du déclenchement de la guerre civile au Liban, à faire annuler la résolution 3379 par la résolution 46/86 de l'ONU le 16 décembre 1991.

En septembre 1978, le Président égyptien Anouar el-Sadate fut invité à Camp David par le Président américain Jimmy Carter à signer avec le Premier Ministre israélien Menahem Begin les accords de paix entre l’Égypte et Israël. Tous deux se virent décerner la même année le prix Nobel de la paix. La signature définitive interviendra officiellement le 26 mars 1979. Les accords de Camp David prévoyaient le retrait définitif par l’armée des juifs de la péninsule du Sinaï, ainsi que la reconnaissance de l’État d’Israël en tant qu’État juif par l’Égypte. Israël ne se retira du Sinaï qu’en avril 1982. Dans les capitales européennes eurent lieu de nombreuses manifestations de musulmans dirigées contre les accords de Camp David, s’insurgeant contre l’abandon de la cause palestinienne au profit d’Israël, notamment à Bruxelles, au cri de « Begin, Sadate, assassins ! » Le 6 octobre 1981, Anouar el-Sadate fut assassiné alors qu’il passait en revue un défilé militaire des troupes égyptiennes.

Le 6 juin 1982, Israël déclencha l’opération « Paix en Galilée », une lourde offensive contre le Liban, qui fut envahi jusqu’à Beyrouth, en représailles aux tirs d’obus depuis le Sud-Liban. Le 20 juin, les États-Unis obtinrent un cessez-le-feu, qui permit notamment l’évacuation du commandement de l’OLP à Tunis. Cette même année furent perpétrés au Sud-Liban les terribles massacres dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et de Chatila par des supplétifs phalangistes chrétiens sous le contrôle de l’armée israélienne. Entre 900 et 3500 civils palestiniens, suivant des sources divergentes, y furent tués. En 1985, l’aviation israélienne bombarda encore le quartier général de l’OLP à Tunis.

En 1987 s’ouvrit la première intifada palestinienne – « guerre des pierres » – en réaction à l’occupation israélienne brutale de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. Elle prit fin avec les accords d’Oslo, qui furent signés à Washington le 13 septembre 1993 entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat. Ces accords prévoyaient la création de l’Autorité palestinienne, et une reconnaissance réciproque de l’OLP et de l’État juif par chacune des deux parties.

Le contexte de la chute du Mur de Berlin en 1989, ayant permis une alyah massive des juifs de Russie et d’Europe de l’Est, le déclenchement de la première guerre du Golfe le 15 janvier 1991, puis l’effondrement en novembre de la même année de l’URSS, favorisèrent un apaisement progressif des tensions internationales au profit des juifs. Le 4 mai 1994, l’OLP accepta un accord avec Israël concernant la bande de Gaza et le sort de Jéricho. Le 26 octobre 1994 fut signé un traité de paix entre l’État juif et la Jordanie. Le 12 décembre 1994, Yitzhak Rabin, Shimon Peres et Yasser Arafat reçurent conjointement le prix Nobel de la paix. Mais la même année, un extrémiste juif et militant sioniste radical, membre de la Ligue de défense juive du rabbi Meir Kahane, le Docteur Baruch Goldstein, qui s’était déjà fait connaître pour avoir refusé de soigner des goyim, tua froidement au pistolet-mitrailleur 29 musulmans en prières dans la mosquée du Caveau des patriarches, à Hébron, et en blessa un certain nombre d’autres. Une manifestation de protestation qui fut durement réprimée aggrava encore par la suite ce bilan. 26 Palestiniens et 9 civils israéliens furent encore tués. Le but poursuivi par le Docteur Baruch Goldstein était de faire échouer les accords d’Oslo et le processus de paix, en provoquant ouvertement des affrontements violents entre juifs et Palestiniens. Le 4 novembre 1995, ce fut au tour du Premier Ministre et chef du parti travailliste, Yitzhak Rabin, d’être assassiné par un autre fanatique juif.

La guerre contre le Liban reprit en mars 1996, suite à de nouveaux tirs d’obus depuis le Sud-Liban. L’opération « Raisins de la colère » fut cette fois dirigée contre le Hezbollah. Le 29 mai, Benyamin Netanyahu fut élu Premier Ministre, avant de céder son poste en 1999 à Ehud Barak.

En septembre 2000, à la suite d’un coup de force de l’armée des juifs sur l’esplanade des mosquées, commença la seconde intifada, ou intifada al-Aqsa. Les juifs entreprirent alors, de manière à s’isoler eux-mêmes des populations palestiniennes et à empêcher les infiltrations de groupes armés du Hamas, du Hezbollah et du Jihad islamique palestinien, la construction d’un gigantesque « mur de sécurité », en réalité un monstrueux ensemble de barrières électroniques et de clôtures de béton armé, coupant en deux nombre de villages et même de villes palestiniennes, dont Béthleem, privant les populations civiles de nombre de leurs terres agricoles, ruinant des champs entiers d’oliviers, et constituant autant de nouveaux obstacles pour faire paître le bétail. Approuvée par Ehud Barak dès novembre 2000, son édification fut pratiquement achevée en 2005. Ariel Sharon, devenu Premier Ministre à la suite des élections de janvier 2003, démantela en 2005 les colonies juives de la bande de Gaza, en dépit de l’opposition des colons juifs, de l’opinion publique juive majoritaire, et plus encore au sein de son propre parti, le Likoud, ce qui le contraint à s’allier avec la gauche israélienne. La même année, suite à de graves désaccords sur la question palestinienne, Ariel Sharon quitta le Likoud et convainquit le travailliste Shimon Peres de s’allier à lui pour fonder un nouveau parti, le parti Kadima – dont le nom signifie « en avant », en hébreu. Le nouveau parti remporta les élections législatives de mars 2006, portant Ehud Olmert à la tête du gouvernement israélien.

Durant l’été 2006, l’armée d’Israël entreprit une nouvelle offensive contre le Liban – l’opération « Pluie d’été » –, cette fois encore dirigée contre le Hezbollah, mais aussi simultanément aux frontières de la bande de Gaza, contre le Hamas, pour répondre à l’enlèvement du colon franco-israélien Gilad Shalit le 25 juin, et à des tirs épars de roquettes Qasam aux frontières de l’État des juifs[12]. Le 12 juillet, 8 soldats juifs furent tués, et deux autres faits prisonniers par le Hezbollah en territoire libanais. En représailles, l’aviation israélienne bombarda Beyrouth, détruisant l’aéroport international, tous les ponts, les centrales électriques, et la plupart des infrastructures, faisant de nombreuses victimes parmi la population civile. L’ONU jugea alors la riposte juive totalement disproportionnée, mais Israël bénéficia du soutien des États-Unis et de la Grande-Bretagne, ses représentants affirmant devant les instances internationales qu’« Israël [avait] parfaitement le droit de se défendre » [sic !].

En 2007, suite à des accusations de viols répétés et de corruption, le Président israélien Moshe Katsav, fut contraint à la démission, entraînant l’élection à son poste de Shimon Peres le 13 juin. L’année suivante, ce fut au tour d’Ehud Olmert de reconnaître sa culpabilité dans des affaires de corruption et de détournements de fonds, et de démissionner. Tzipi Livni, parvenant de justesse à se faire élire à la tête du parti Kadima, fut chargée par Shimon Peres le 22 septembre 2008 de former un nouveau gouvernement. Son échec à constituer une majorité entraîna la convocation d’élections législatives anticipées le 10 février 2009, faisant apparaître une claire orientation à droite de l’électorat israélien, avec une nette poussée de l’extrême-droite raciste. Le 20 février, Benyamin Netanyaou fut chargé par Shimon Peres de constituer un nouveau ministère.

Entre temps, à partir du 27 décembre 2008, l’armée d’Israël entreprit une nouvelle offensive, sous le nom de l’opération « Plomb durci », dirigée cette fois contre la bande de Gaza en représailles à des tirs de roquettes sur le Sud de la Palestine occupée par les juifs. L’aviation israélienne bombarda lourdement la bande de Gaza, détruisant toutes les infrastructures, puis les forces terrestres intervinrent le 3 janvier, faisant 1300 victimes palestiniennes à Gaza, avant le cessez-le-feu du 18 janvier. Le Hamas fut contraint d’annoncer une trêve, et l’armée des juifs annonça son retrait de la bande de Gaza le 21 janvier. Les tirs de roquettes ne cessèrent pas pour autant, entraînant le bombardement régulier par l’aviation israélienne des tunnels de contrebande avec l’Égypte utilisés par le Hamas. Ce mouvement politique, dénoncé comme organisation terroriste par les juifs, déjà très actif sur le plan social, acquit alors une popularité certaine auprès des civils palestiniens, au détriment de l’Autorité palestinienne dirigée par son Président Mahmoud Abbas (Abou Mazen), élu en 2005 après la mort de Yasser Arafat le 11 novembre 2004 à Paris, et qu’Israël s’obstine à regarder comme seul interlocuteur valable.

3.8. L’avenir de l’État des juifs.

L’État d’Israël apparaît de plus en plus aujourd’hui comme un État théocratique de type colonial, dirigé par une classe politique totalement corrompue, et menant une politique particulièrement agressive tant à l’égard de ses voisins que de certains de ses propres citoyens – non seulement les arabes de nationalité israélienne, mais aussi les juifs originaires des pays arabes, et certains juifs laïcs ou militants de gauche, notamment ceux engagés en faveur de la cause palestinienne ou de la défense des droits de l’homme, se plaignent légitimement de discriminations exercées à leur encontre. La solution à deux États, l’un juif, l’autre palestinien, telle que préconisée en vue de l’établissement d’une paix juste et durable au Proche-Orient depuis la Commission Peel de 1936, se révèle dans les faits impossible à mettre en œuvre. Il est fort peu probable en effet que le peuple palestinien se satisfasse durablement d’un régime d’apartheid ainsi promu au nom de la prétendue sécurité d’Israël, et que le futur État palestinien envisagé par toutes les instances internationales se réduise en réalité à un simple bantoustan dirigé par la seule Autorité palestinienne en guise de gouvernement souverain, et établi dans les limites étroites de la bande de Gaza, avec ou sans certains confettis de territoires palestiniens en Cisjordanie. De surcroît, l’aveuglement et l’intransigeance des juifs, leur refus, très majoritaire au sein de la population israélienne, d’admettre une solution à deux États, leur volonté exacerbée de dominer tout l’Orient, et de continuer pour l’éternité à exploiter à leur profit l’accusation stigmatisante d’« antisémitisme » tout autant que le sentiment de culpabilité des autres nations au regard du génocide du siècle dernier, compromettent à terme la survie d’un État juif en Palestine. D’autres exemples témoignent pourtant de la nécessité historique de l’effondrement de tels États : fin brutale du régime d’apartheid en Afrique du Sud, dislocation de l’ex-Yougoslavie, ou de l’ex-URSS au début des années 1990.

Un récent rapport commandé par la Central Intelligence Agency, que l’avocat international américain Franklin Lamb est parvenu à consulter, émet ainsi les plus sérieux doutes quant à la capacité de survie de l’État d’Israël au-delà des vingt prochaines années, prévoyant « un déplacement inexorable de la solution à deux États vers une solution à un État, la solution la plus viable basée sur les principes démocratiques de la pleine égalité qui supprimera le spectre de la menace de l’apartheid colonial, tout en permettant le retour des réfugiés de 1947/1948 et 1967. Ce dernier étant la condition préalable à une paix durable dans la région ». La même étude prévoit ainsi, avec le retour des réfugiés en Palestine que favoriserait l’établissement sur place d’un État devenu laïc et démocratique, une émigration massive de citoyens israéliens, pour deux millions d’entre eux vers les États-Unis, et pour 1,5 millions à destination de l’Europe et de la Russie. « Il y a plus de 500.000 Israéliens qui ont des passeports américains et plus de 300.000 viennent de Californie », constate Franklin Lamb, ajoutant que ceux qui parmi les juifs israéliens n’ont pas de passeport américain ou occidental en ont déjà fait la demande. « Je pense donc que, au moins pour la population en Israël, c’est écrit sur le mur... ce qui suggère que l’histoire rejettera tôt ou tard l’entreprise coloniale ». Lamb affirme encore que l’opinion publique américaine ne pourra que protester bientôt contre la politique israélienne, et ne plus supporter longtemps l’injustice manifeste faite au peuple palestinien. La récente déclaration de Freeman, personnalité respectée aux États-Unis, ayant renoncé au poste de conseiller pour la sécurité qui lui avait été proposé par  Barack Obama, et qui a dénoncé les pressions constantes des lobbys sionistes aux USA, a suscité un grand nombre de réactions. Et les tentatives actuelles de faire comparaître pour crimes de guerre les responsables politiques et militaires israéliens de l’offensive dans la bande de Gaza pourraient fort bien aboutir.

« Si les États-Unis sont gagnés par le même sentiment anti-israélien [que l’Europe[13]], ce qui pourra arriver lorsque les Américains réaliseront à quel point les taxes qu’ils paient servent à financer les sommes envoyées à Israël pour financer des guerres, les jours d’Israël seront comptés. À long terme les Israéliens ont besoin d’un État palestinien de la même façon que les Palestiniens, et ils le savent. », affirme Linda S. Heard, spécialiste des questions du Moyen-Orient pour le compte du média saoudien Gulfnews[14].

De son côté, l’ancien Premier Ministre israélien, Ehoud Olmert, avait déclaré en janvier 2009 : « Si le jour arrive où la solution à deux États s’effondre et que nous devons faire face au même style de combat qu’en Afrique du Sud concernant le combat pour l’égalité des droits de vote, l’État d’Israël est fini. »[15] Les juifs, en raison de leur moindre vitalité démographique en comparaison des arabes israéliens, représentent déjà moins de 75 % de la population de l’État d’Israël. Et leurs capacités militaires à vaincre définitivement les mouvements désignés par eux comme « terroristes » se trouvent désormais sérieusement ébranlées, depuis que le Hamas à Gaza et le Hezbollah au Sud-Liban se sont, chacun de leur côté, durablement installés en fers de lance de la résistance à l’oppression juive au Proche-Orient. Aucun des objectifs poursuivis par Israël en matière de dissuasion ne pourra plus être atteint. Les populations arabes des pays voisins, actuellement sous la tutelle de gouvernements corrompus et paralysés par la crainte de la puissance d’Israël, ne pourront que trouver bientôt le chemin de leur libération.

Partout en Occident, la guerre ne fait que commencer dans les esprits. Les mensonges éhontés des juifs, les fausses promesses, jamais tenues, les retards constamment pris dans la mise en œuvre du processus de paix, la prétention des juifs à choisir leurs interlocuteurs, tout cela contribue à la dénonciation toujours plus marquée dans l’opinion de cette prétendue « terre sans peuple » en réalité extorquée par les puissances occidentales au profit de ce peuple réputé « sans terre », car cosmopolite depuis toujours, et dont les mêmes sont depuis lors constamment les victimes. Israël est d’ores et déjà en train de perdre son statut de victime au sein de l’opinion internationale, à mesure que s’éloigne auprès des jeunes générations le spectre de l’Holocauste. « Il est probable que dans vingt ans 'Never again' aura peu de sens en dehors d’Israël. Quand cela arrivera, Israël sera jugé sur ses mérites comme tous les autres pays », affirme encore Linda S. Heard[16]. Et avec les conséquences actuelles pour tous les peuples de la plus grave crise financière de l’histoire, dont les responsables sont très majoritairement des juifs, incontestablement, et dont sans doute personne ne verra l’issue, quoi d’étonnant à ce que partout dans le monde, les exclus, en nombre croissant, et les humiliés s’identifient spontanément aux victimes et discriminés de toujours au Proche-Orient ?

 


[1] Israël Finkelstein, Neil Asher Silberman, La Bible dévoilée, Les nouvelles révélations de l'archéologie, Éd. Bayard-Centurion, 2002 : « l’Exode d’Israël, hors d’Égypte, n’est pas une vérité historique et […] n’est pas non plus une fiction littéraire » (p. 90).

[2] Chez les autres peuples de la région, c’était souvent là au contraire la matière des écrits les plus anciens que l’archéologie ait permis d’exhumer.

[3] Israël Finkelstein, Neil Asher Silberman, La Bible dévoilée, Les nouvelles révélations de l'archéologie, Éd. Bayard-Centurion, 2002.

[4] La prophétie faite par ce dernier des os desséchés reprenant vie.

[5] Les caractéristiques de la magie des juifs mériteraient à elles seules qu’on leur consacrât tout un traité. Pour les présenter très brièvement ici : il s’agit à peu près exclusivement de pratiques cérémonielles très clairement orientées vers l’acquisition d’un pouvoir réel, par le moyen de l’invocation et même de l’asservissement, en vue de l’accomplissement de ses propres fins, d’entités spirituelles, anges ou le plus souvent démons, la consécration d’objets rituels, la purification de l’officiant, etc. Les graphismes y tiennent une large place – cercles magiques, arbres sephirothiques, inscriptions diverses, impérativement tracées en caractères hébraïques – ainsi que les calculs numériques, à partir de la valeur arbitrairement assignée aux lettres de l’alphabet hébreu.

[6] Qu’ils n’auraient en rien méritée, croyait-il naïvement. En réalité, c’est une constante de l’histoire des juifs que partout où ils s’établirent, furent accueillis, protégés même, leurs agissements leur attirèrent bientôt la haine de tous les peuples. Bernard Lazare le montre dans son ouvrage, L’Antisémitisme, son histoire et ses causes : l’antisémitisme est du fait des juifs. Au XXème siècle encore, Henri Bergson ne manque pas de le relever dans son testament, en date du 8 février 1937 : « Je me serais converti, si je n’avais vu se préparer depuis des années (en grande partie, hélas ! par la faute d’un certain nombre de Juifs entièrement dépourvus de sens moral) la formidable vague d’antisémitisme qui va déferler sur le monde. »

[7] Certaines, tel Nir David, dans la vallée de Bet-Shéan, le premier des kibboutzim « Palissade et Tour », furent implantés en une seule nuit, en 1936, les juifs profitant du sommeil de leurs voisins arabes.

[8] Ce fut le cas en particulier des juifs qui avaient épousé des aryennes et dont ils avaient eu des enfants. L’exemple de Victor Klemperer, l’auteur de LTI, la langue du IIIe Reich, est certainement le plus connu.

[9] Combien d’homonymies, de redondances, d’identités incertaines, voire totalement fictives, pouvant être décelées à la lecture de ces listes de noms ? Une simple recherche sur http://www.yadvashem.org/wps/portal/IY_HON_Welcome suffira à s’en convaincre.

[10] Du point de vue des juifs, tous les Allemands, sans la moindre exception, sont désormais coupables, et pour l’éternité, d’avoir permis l’accomplissement du génocide. Dès lors, le principe était acquis que l’Allemagne devait encore et toujours payer au profit des juifs, et évidemment au sens matériel du verbe. Mais l’exigence de réparations matérielles et financières se heurtait dès l’origine à une contradiction insurmontable : dans leur posture de victimes toutes désignées du national-socialisme, les juifs avaient indiscutablement intérêt à majorer considérablement le nombre de leurs parents morts et disparus pour bénéficier de la compassion des alliés à leur égard, mais aussi, auprès de l’Allemagne dans le même temps, à le minorer, puisqu’il fut ultérieurement admis que le niveau des réparations devait être assis sur le nombre des survivants du génocide et des juifs spoliés de leurs richesses pendant la guerre ou de leurs héritiers, au profit de l’État d’Israël, et pour renforcer ses capacités d’accueil de nouveaux migrants juifs. On s’expliquera mieux ainsi les fluctuations constantes depuis la fin de la guerre du nombre allégué des victimes juives au cours de la période : fortement exagéré dans l’immédiate après-guerre, puis régulièrement minoré, avant d’être fixé au chiffre réputé désormais sacré, et non révisable, de six millions – en réalité, d’après Raul Hilberg, La Destruction des juifs d’Europe, annexe B : « Statistiques des victimes juives », 5.100.000 pour le total des disparus juifs au cours de la guerre, toutes causes confondues, dont 2.700.000 au grand maximum purent avoir été gazées –. Entre temps, l’État d’Israël avait vu le jour, et l’Allemagne, dénazifiée par les vainqueurs, avait commencé à payer.

[11] Jusqu’ici, les juifs désignaient par shoah – catastrophe, en hébreu – uniquement l’extermination massive et prétendument délibérée de juifs par le gaz. Désormais, puisque les chiffres allégués sont trop manifestement sujets à caution, puisqu’il a été établi qu’un certain nombre de camps étaient en réalité dépourvus de chambres à gaz autres que de désinfection, ce qui est venu contredire les témoignages attestant de la présence dans ces mêmes camps de chambres à gaz d’extermination, puisque les causes de la disparition de juifs durant cette période sont multiples et diverses, l’expression « shoah par balles » vient à point pour accréditer la thèse exterminationniste : vous le voyez bien, répètent les uns après les autres tous les défenseurs de cette thèse, les Allemands ont voulu tuer dans les territoires de l’Est le plus grand nombre possible de juifs ! Il est à craindre que dans un proche avenir, avec l’éloignement du temps et la révision permanente de l’histoire contemporaine au profit des juifs, une shoah puisse être progressivement substituée à une autre, pour l’édification du grand public.

[12] Il n’est pas exclu que l’offensive contre le Liban de l’été 2006 ait été aussi décidée en tant que démonstration de force d’Israël, dans le but d’intimider l’opinion publique internationale, à la suite de la dénonciation du sionisme comme un racisme, lors de la première Conférence de Durban réunie à la fin de l’année précédente.

[13] Comprendre : les opinions publiques en Europe, lesquelles se montrent plus sensibles à l’injustice faite aux Palestiniens que les Américains. L’Union Européenne en revanche demeure un important bailleur de fonds de l’État des juifs. Le statut particulier d’Israël dans l’Union, en tant que « membre associé », n’y est certainement pas étranger.

[14] Nina Levy-Strauss, « La survie d'Israël en danger selon la CIA », Guysen International News, 18 mars 2009.

[15] Ibid.

[16] Ibid.

 

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